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Comprendre l’indignation suscitée en France par des « journaux de confinement » de personnalités – Actu

La France est soumise au confinement depuis mardi 17 mars, sur fond de pandémie causée par le SARS-CoV-2.

On voit ainsi fleurir un genre littéraire mis en avant par des journaux renommés comme Le Monde et par d’autres médias. Ces « journaux de confinement » sont écrits ou inspirés par des écrivains en vue, comme Leïla Slimani ou Marie Darrieussecq, ou encore par l’artiste Lou Doillon.

Alors, si vous n’aviez pas suivi, voici une petite explication sur ce qui cause l’indignation de nombreux lecteurs et internautes au sujet de ces journaux de confinement.

journal de confinement de leila slimani le Monde.png

Capture écran du journal du confinement de Leïla Slimani dans le Monde, publié le 18 mars 2020

 

Qu’est-ce qu’un journal de confinement?

Le journal de confinement prend la forme d’un journal intime ou d’un journal de bord.

L’auteur écrit comme s’il notait ses pensées pour lui-même, jour après jour, pendant la durée du confinement, sauf que le journal est ici partagé avec des lecteurs.

Dans Le Monde, ces journaux de confinement sont publiés sous forme de chronique, qui est une rubrique de journal consacrée à l’actualité.

Le journal de confinement de Leïla Slimani et celui de Lou Douillon

Leïla Slimani est une écrivaine et journaliste franco-marocaine qui a obtenu le prestigieux prix Goncourt en 2016 pour son livre “Chanson douce”, adapté depuis au cinéma.

Elle est la première personnalité à proposer un journal de confinement pour Le Monde, quotidien le plus lu de France. L’article n’est accessible qu’aux abonnés.

Voici un extrait de ce journal de confinement :

« Jour 1. Cette nuit, je n’ai pas trouvé le sommeil. Par la fenêtre de ma chambre, j’ai regardé l’aube se lever sur les collines. L’herbe verglacée, les tilleuls sur les branches desquels apparaissent les premiers bourgeons. Depuis vendredi 13 mars, je suis à la campagne, dans la maison où je passe tous mes week-ends depuis des années. Pour éviter que mes enfants côtoient ma mère, il a fallu trouver une solution. Nous nous sommes séparés, sans savoir dans combien de temps nous nous reverrions. »

L’article est accompagné d’une photo représentant une photo de maison de campagne entourée de collines verdoyantes et plongée dans la brume matinale.

Le journal de confinement jour 1 se conclut ainsi « Mon fils est assis à la table de la salle à manger. Je lui apprends l’imparfait. « C’est quand on parle d’autrefois. » Et le futur. « Pour ce qui arrivera demain. » Je regarde ses petits doigts glisser sur la feuille et quelque chose, dans son application, dans son souhait de bien faire, me serre le cœur. Je me rends compte que je ne sais plus faire de multiplications. Je ne l’avoue pas et je cache mon portable sous la table pour utiliser ma calculatrice. Aujourd’hui, j’ai proposé un exercice. « Faites un portrait du coronavirus » et mes enfants ont dessiné des monstres colorés, aux yeux rouges et aux doigts couverts de griffes. « On l’aime ce virus. C’est quand même grâce à lui qu’on est en vacances. »

Lou Doillon, la fille de Jane Birkin, qui est auteure-compositrice-interprète, est elle aussi mise en avant par France Culture avec son journal de confinement très artistique. L’article est intitulé « Le confinement, cet espoir ».

lou doillon journal de confinement.png

Capture écran France Culture

L’artiste citée promet en effet un confinement créatif : « Des semaines de confinement qui s’annoncent donc pleines, riches : “On va avoir le temps de faire, de défaire, d’imaginer”, espère Lou Doillon, “je pense que c’est une merveille et que ça peut changer les choses, pour le mieux”. Se débarrasser du regard des autres pour se concentrer sur le sien et sur ceux qui nous entourent : “Ça ne peut que nous amener des choses fortes d’être coincés à regarder nos enfants. C’est pas mal cette histoire. On ne les regarde plus, on ne fait plus gaffe et là je vois les Monopoly qui ressortent, les jeux de cartes. Il y a quelque chose d’extrêmement joyeux là-dedans je trouve”. »

lou doillon.png

Lou Doillon via Instagram

Qu’est-ce qui cause l’indignation?

Ces journaux ont suscité une vague de réactions, parmi les contributeurs du Monde ou encore sur les réseaux sociaux.

Nombre de commentateurs trouvent ces journaux indécents, car :

  • ils décrivent un confinement qui n’en est pas un (confinement = « Fait d’être retiré; action d’enfermer, fait d’être enfermé (dans des limites étroites) »source CNRTL). De plus, les auteurs sont habitués à vivre reclus pour pouvoir écrire, cet enfermement n’en est pas réellement un pour eux,
  • rester chez soi à écrire et méditer suppose d’en avoir la possibilité et les moyens, ce qui ne correspond pas à la réalité de nombreux Français aux conditions plus précaires et obligés de continuer à travailler (caissières, personnels soignants, livreurs, ouvriers du BTP, personnels de nombreuses entreprises qui ne peuvent pas proposer de télétravail…),
  • ils sont autocentrés, leurs auteurs ne semblent pas prendre la mesure de la gravité de la situation

On a vu en parallèle dénoncer sur les réseaux sociaux la quarantaine comme « un privilège de classe » et ces journaux de confinement dépeignant des catégories sociales « privilégiées » sont souvent vus comme une « romantisation de la quarantaine« . Cette idée est partagée par Mona Chollet cette semaine sur Twitter (elle est un journaliste suisse et chef d’édition au Monde diplomatique).

romantisation de la quarantaine.jpg

Capture écran Twitter

Au final, de tels journaux de confinement mettant en lumière le quotidien privilégié de certain(e)s soulignent les inégalités dans un moment douloureux, risquant ainsi de diviser et de raviver la « lutte des classes« , et montrent aussi la déconnexion de ces écrivains et artistes par rapport à la réalité de la majorité des gens.

Quoi qu’il en soit, on voit déjà que si ces journaux de confinement constituent un exutoire pour les lecteurs enfermés et frustrés par ce monde à deux vitesses, ils donneront aussi, certainement, naissance à une littérature prolifique qu’on attend (ou non) de lire avec impatience.

 

thomas snegaroff.jpg

Capture écran Twitter

Avez-vous lu ces « journaux de confinement »? Qu’en-pensez-vous? Contribuez en commentaires ou dans notre groupe Facebook.

Pour approfondir le sujet

Le journal de confinement de Marie Darrieussecq dans Le Point « Nous planquons au garage notre voiture immatriculée à Paris »

Une analyse intéressante à lire sur France Culture par Mathilde Serrell : Journaux de confinement, la lutte des classes

Une autre analyse percutante dans Slate par Nadia Daam Le confinement n’est ni un atelier d’écriture de haikus, ni une retraite spirituelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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