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L’anxiété langagière, c’est quoi ? Explications et pistes pour la dépasser – FLE

En classe, nous constatons tous les jours que des apprenants de tous âges ressentent des craintes parfois intenses à s’exprimer en langue étrangère. Dans certains cas, les connaissances sont là (elles ont déjà été évaluées avec succès), mais au moment de parler, POUF ! Ils ne sont plus capables de trouver leurs mots, doutent de tout, ont envie de partir en courant. Cette crainte est-elle provoquée par la situation ? Par le fait de parler en public ? Par la langue elle-même ? On parle d’anxiété liée à l’apprentissage d’une langue et cette anxiété est bien réelle. Si vous avez déjà été confronté(e) à des apprenants souffrant de cette forme d’anxiété, vous savez qu’il n’est pas simple de la faire disparaître. Voyons ensemble de quoi il s’agit et comment aider les apprenants à la dépasser.

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Photo de Daria Shevtsova sur Pexels.com

Que dit la recherche scientifique sur l’anxiété linguistique ?

Définition de l’anxiété linguistique

Afin de mieux comprendre de quoi il s’agit, nous avons regardé du côté de la recherche. Des recherches ont été faites depuis les années 1980 sur la question.

L’anxiété est une émotion. Elle dépend de ce que la personne perçoit.

Par exemple, Horwitz et al. (1986) définissent l’anxiété langagière comme  » un complexe distinct de perceptions de soi, de croyances, de sentiments et de comportements liés à l’apprentissage d’une langue en classe, qui découlent du caractère unique du processus d’apprentissage« . Ces perceptions que l’apprenant a de lui, ces croyances et comportements qu’il a vont causer :

du stress,

de la nervosité voire de la peur

des réactions émotionnelles et des inquiétudes liées à l’apprentissage d’une autre langue que la nôtre, selon la définition de Maclntyre (1999).

L’anxiété langagière, un type particulier d’anxiété

L’anxiété peut être un trait de caractère d’une personne ou liée à une situation spécifique. Pour Gardner (1989), l‘anxiété liée à une langue étrangère est associée à la maîtrise de cette langue étrangère. C’est donc différent de l’anxiété générale, qui n’est pas liée à la maîtrise d’une langue étrangère.

D’autres auteurs pensent également que l’anxiété langagière est un type particulier d’anxiété et qu’elle est différente de l’anxiété comme trait de caractère. Cela signifie que si vous êtes une personne anxieuse de manière générale, vous ne serez pas forcément anxieux / euse dans un contexte où vous parlez une langue étrangère et que si vous souffrez d’anxiété langagière, vous ne serez pas forcément une personne anxieuse dans les situations du quotidien. C’est plutôt une bonne nouvelle.

Selon Howitz et al.(1986), l’anxiété liée aux langues étrangères est causée par trois facteurs liés à la performance :

1)la crainte d’une évaluation négative,

2) l’appréhension de la communication

3) l’anxiété liée aux tests.

Savoir ce qui cause l’anxiété langagière permet d’agir sur ces facteurs.

Anxiété débilitante et anxiété facilitante


Il faut savoir que l’anxiété n’est pas fondamentalement mauvaise. En effet, l’anxiété liée à l’apprentissage d’une langue est classée en deux types : l’anxiété débilitante (qui a un impact négatif sur l’apprenant) et l’anxiété facilitante, qui est utile.

La première réduit les performances de l’apprenant tandis que la seconde peut les améliorer.


En quoi l’anxiété langagière pose problème ?


L’anxiété langagière cause des erreurs ou paralyse même la personne qui essaie de s’exprimer à l’oral, ce qui donne des résultats différents de ceux espérés par l’apprenant et différents de ceux dont il est réellement capable.

Pourquoi l’anxiété langagière se manifeste-t-elle surtout à l’oral ? Parce que la production orale est une activité langagière complexe. En effet, elle demande à l’apprenant de mobiliser des compétences et des stratégies :
– des stratégies de mémorisation

-des stratégies pour s’autocorriger

-des compétences linguistiques,
-des compétences sociolinguistiques,

-des compétences pragmatiques et paralinguistiques

Cette activité est encore plus stressante pour les élèves devant un public, comme dans le contexte d’une classe. L’apprenant a peur de faire des erreurs et d’être jugé.

On remarque, en interrogeant nos apprenants concernés, qu’ils nous rapportent des anecdotes dans lesquelles quelqu’un les a jugés pour leur accent, ou leur a dit qu’ils devraient déjà savoir telle ou telle chose. Ils se sont sentis incompétents et cela a comme impact qu’ils se retrouvent paralysés au moment de parler, par peur d’être encore jugés et de paraître « nul(le) » ou « incompétent(e) ». Il est utile de réussir à dépasser cette peur d’être jugé(e).

Comment dépasser l’anxiété langagière ?

En classe, l’enseignant peut agir pour réduire l’anxiété langagière des apprenants. Voici quelques pistes :

  • se focaliser sur ce que dit la personne (le fond) et non sur la manière dont elle le dit (la forme)
  • éviter d’interrompre l’apprenant pour le corriger : le laisser terminer, puis lui faire un feedback qui n’est pas forcément exhaustif pour ne pas le démotiver
  • mettre l’accent sur ce que l’apprenant fait de bien, plutôt que ce qu’il ne fait pas encore bien
  • laisser le temps qu’il faut à l’apprenant pour qu’il s’exprime (dans la mesure de ce qu’il est possible de faire), sans le brusquer
  • accueillir la participation des apprenants de manière ouverte et bienveillante, éviter les mots comme « non » ou « c’est faux », « ce n’est pas ça », privilégier des tournures comme « ce n’est pas exactement ça », « pas tout à fait », « bien tenté! » ou encore « voyons voir, on va expliquer quelques trucs… »
  • ne pas insister sur la production orale précoce : si l’apprenant ne se sent pas à l’aise de parler, ne pas le brusquer jusqu’à ce que cela vienne de lui et solliciter les élèves qui n’ont pas d’anxiété langagière
  • orienter les apprenants qui souffrent d’anxiété langagière vers des échanges de type « tandem« , où ils seront face à une seule personne à la fois, et où ils pourront s’entraîner et faire des erreurs devant un public réduit, ce qui est moins stressant que devant plusieurs personnes.

Si vous êtes l’apprenant qui souffre d’anxiété langagière, et c’est un problème commun, voici quelques conseils :

  • ne vous mettez pas la pression : chacun apprend une langue à sa manière, à son rythme, ne vous faites pas violence pour être dans la perfection, ce n’est pas un objectif réaliste
  • de la même façon, ne vous comparez pas aux autres : si vous avez besoin de plus de temps que les autres pour vous exprimer à l’oral, si vous faites des fautes, si vous faites des « euhhhh….. » prolongés pour réfléchir, ça fait partie de votre processus d’apprentissage, acceptez-le et continuez
  • travaillez particulièrement l’acquisition de vocabulaire : ce qui est bloquant quand on parle les langues, c’est surtout les mots (lorsque l’on connaît la syntaxe et la grammaire de base). Utilisez Quizlet, Memrise, des encarts de vocabulaire dans des livres comme Vocabulaire progressif du français
  • rappelez-vous que ce qui importe dans la communication, c’est avant tout de faire passer le message ! Peu importe si c’est en mimant, en utilisant les mains, l’essentiel c’est qu’on vous comprenne, et à force d’essayer vous allez faire de plus en plus de progrès
  • ne vous préoccupez pas trop de votre accent, une prononciation assez correcte est suffisante, le reste vous allez l’acquérir avec le temps
  • complétez les éventuels cours en classe par des cours particuliers ou des échanges de type « tandem » pour vous entraîner à parler devant une seule autre personne. C’est moins impressionnant et peu à peu vous pourrez passer de 1 personne à un public plus grand
  • ne baissez jamais les bras, l’apprentissage d’une langue se fait toujours sur la durée ! Si quelque chose ne fonctionne pas, changez de méthode, de contexte, d’horaire d’apprentissage et voyez si vous obtenez de meilleurs résultats
  • dites-vous qu’apprendre une langue n’est jamais simple, et félicitez-vous pour tout ce que vous arrivez à faire. Célébrez vos réussites, même les plus petites !

En conclusion, l’anxiété langagière est un type particulier d’anxiété. Elle est différente de l’anxiété classique. L’anxiété langagière est liée à l’apprentissage d’une langue, donc avoir peur de vous exprimer à l’oral dans une langue ne signifie pas que vous êtes une personne anxieuse de manière générale. L’anxiété langagière cause stress, nervosité et inquiétude. Elle est particulièrement déclenchée par certaines situations : peur d’un test, peur d’être jugé(e)…Il existe des pistes pour peu à peu se sentir plus à l’aise lorsque l’on s’exprime, surtout à l’oral, dans la langue que l’on apprend.

Voilà. Nous espérons que ces pistes vous aideront à dépasser vos craintes de vous exprimer en français ou dans toute autre langue que vous apprenez. Vous souffrez l’anxiété langagière ? Partagez avec nous vos trucs pour lutter contre en commentaires.

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