À l’épreuve écrite du Bac de français 2024 (métropole), le commentaire portait sur un extrait de roman, celui de Claire de Duras, Édouard. Nous vous proposons un commentaire expliqué pas à pas et un modèle de plan détaillé. Nous allons commenter ce sujet et vous proposer un plan de dissertation possible. Téléchargez aussi le sujet complet de l’épreuve anticipée de français (série générale) :

Édouard, Claire de Duras, proposition de corrigé pour le commentaire Bac de français 2024
Rappels concernant le commentaire de texte au Bac de français
Le commentaire ne requiert pas de connaître l’oeuvre dont est extrait le texte proposé au Bac.


Le texte NE provient PAS de l’une des 4 oeuvres étudiées au programme.
En fait, il y a relativement peu de chances que vous connaissiez l’oeuvre en question. Cela signifie que vous n’avez pas besoin de connaître l’oeuvre pour réussir à faire le commentaire.
À l’écrit, le commentaire ne doit pas être linéaire (sauf exception, si le plan est chronologique) comme c’est le cas à l’oral.

À FAIRE
- Il faut lire le texte
- Comprendre son sens
- Trouver une problématique
- Trouver 2 ou 3 grands thèmes qui seront les axes du commentaire
- Ensuite réorganiser les éléments que vous avez trouvés pour qu’ils collent au plan.
Différences et similarités entre le commentaire de texte à l’écrit du Bac et celui pour l’oral
Voici un tableau qui vous montre les caractéristiques d’un commentaire à l’écrit (comme celui que nous allons réaliser plus loin) et les les caractéristiques d’un commentaire à l’oral du Bac de français, commentaire que l’on appelle « linéaire » car il suit l’ordre du texte.

Faire un commentaire au Bac de français, pas à pas
Nous allons lire le texte de Claire de Duras et noter les éléments (colonne 1), puis ensuite nous allons noter le type d’élément dont il s’agit (verbe, figure de style, ponctuation, champ lexical…) dans la colonne 2 et enfin l’interpréter (colonne 3).
La lecture se fait ligne par ligne, dans l’ordre des éléments du texte.
| Élément | Type | Interprétation |
| Madame de Nevers | la dame porte un nom à particule attestant de son appartenance à la noblesse | |
| soir | lexique | indication qui nous permet de situer le moment de la journée |
| respirer l’air frais du soir | groupe verbal | indication sur la saison, probablement l’été puisqu’il fait chaud |
| un grand jasmin | groupe nominal | élément décrivant l’environnement où se trouve la femme |
| château, balcon, fenêtre | lexique | décor |
| Debout, à deux pas derrière elle | description de la position du narrateur | |
| – je voyais son profil charmant se dessiner – son profil charmant | – son profil charmant : indication sur la beauté perçue de la femme – je voyais son profil charmant se dessiner : la narrateur observe la femme mais elle ne le voit pas | |
| ciel d’azur, encore doré par les derniers rayons du couchant | adjectifs de couleurs | indications sur l’ambiance de fin de journée, cadre romantique, les adjectifs de couleur ont une connotation positive |
| l’air était rempli de ces petites particules brillantes qui nagent dans l’atmosphère à la fin d’un jour chaud de l’été | adjectif de couleur | propositions renforçant la description du cadre, « brillant » s’ajoute aux adjectifs précédents à connotation positive |
| les coteaux, la rivière, la forêt, étaient enveloppés d’une vapeur violette qui n’était plus le jour, | accumulation adjectif de couleur | éléments de la nature enveloppés d’une vapeur irréelle (violette) |
| qui n’était plus le jour, et qui n’était pas encore l’obscurité. | propositions relatives négations | insistance sur ce moment idyllique qui se déroule juste avant la tombée de la nuit |
| Une vive émotion s’empara de mon cœur | -de l’imparfait au passé simple -tournure passive | changement de temps signifiant un changement brusque dans le cours de la soirée le cadre et la situation ont un effet sur le narrateur qui est ému |
| De temps en temps un souffle d’air arrivait à moi | – 3e répétition du nom « air » – tournure passive | le narrateur semble avide d’air il est porté par la situation plutôt qu’il n’en est l’acteur |
| il m’apportait le parfum du jasmin | proposition champ lexical de l’odorat (air, parfum, souffle, s’exhaler…) | l’air est ici le sujet de l’action (apporter) l’olfaction revêt une place importante dans cette description |
| et ce souffle embaumé semblait s’exhaler de celle qui m’était si chère ! | répétition du nom « souffle » | -clarification sur la relation entre les 2 personnages : le narrateur est amoureux de la femme -l’exclamation montre l’émotion du narrateur, l’air qu’il respire est l’odeur de son amante |
| Je le respirais avec avidité. | champ lexical du souffle et de la respiration | Le narrateur respire le souffle embaumé comme si sa vie en dépendait |
| La paix de ces campagnes, l’heure, le silence, l’expression de ce doux visage, si fort en harmonie avec ce qui l’entourait, tout m’enivrait d’amour. | accumulation | le narrateur établit un lien entre le cadre et la personne qu’il aime : le cadre romantique renforce son émotion et ses sentiments. |
| Mais | adverbe exprimant l’opposition | un changement se produit |
| bientôt mille réflexions douloureuses se présentèrent à moi. | mille réflexions : hyperbole douloureuses : adjectif à connotation négative tournure passive : se présentèrent à moi | le narrateur est brusquement assailli de doutes le narrateur subit sans être acteur de la situation |
| Je l’adore, pensai-je | déclaration d’amour qu’il n’exprime pas à voix haute | |
| et je suis pour jamais séparé d’elle ! | proposition coordonnée / exclamation | constat du caractère tragique de son amour (« pour jamais séparé d’elle ») constat d’impuissance aussi le point d’exclamation exprime l’émotion |
| Elle est là ; je passe ma vie près d’elle, elle lit dans mon cœur, elle devine mes sentiments, elle les voit peut-être sans colère | -répétition du pronom personnel « elle » – « elle » est sujet de presque tous les verbes | les deux amants sont proches l’un de l’autre, la femme connaît les sentiments du narrateur, nous ne savons pas si ces sentiments sont réciproques frustration de la présence sans possibilité de concrétiser les sentiments |
| eh bien ! jamais, jamais, nous ne serons rien l’un à l’autre! | – 2 exclamations – répétitions de l’adverbe « jamais » -négation ‘ »jamais…ne…rien » | rage du narrateur face à l’impossibilité (négation, adverbe jamais) de vivre un véritable amour avec celle qu’il aime |
| La barrière qui nous sépare est insurmontable, | « barrière » est le sujet du verbe « séparer » = le narrateur subit la situation | un obstacle se dresse entre eux, obstacle infranchissable (adjectif « insurmontable ») |
| je ne puis que l’adorer | négation restrictive | « je » (le narrateur) est condamné à faire une seule chose (négation restrictive) : aimer la femme sans pouvoir être avec elle |
| le mépris la poursuivrait dans mes bras ! | « le mépris » fait référence à ce que pourrait ressentir une femme issue de la noblesse (ou son entourage) si elle l’épousait, lui dont la condition sociale n’est pas aussi élevée l’exclamation exprime la rage du narrateur à nouveau et l’injustice qu’il ressent face à l’impossibilité d’être avec celle qu’il aime à cause d’une ridicule question de conditions sociales différentes | |
| et cependant nos cœurs sont créés l’un pour l’autre. | cependant = adverbe d’opposition | certitude de l’amour réciproque contrariée par l’impossibilité d’être ensemble pour la raison précédemment évoquée |
| Et n’est-ce pas là peut-être ce qu’elle a voulu dire l’autre jour ! | -anaphore en « et » -question (rhétorique) se terminant par un point d’interrogation | l’anaphore en « et » peut souligner le fait que les pensées se bousculent dans sa tête (cf. « mille réflexions ») souvenir d’une phrase prononcée par la femme il cherche à décrypter son attitude |
| Un mouvement irrésistible me rapprocha d’elle | -tournure passive, c’est le mouvement qui est sujet du verbe « rapprocher » -passé simple : action | son corps interrompt le flot de ses pensées pour le pousser vers elle (il est seulement quelques pas derrière elle) le mouvement irrésistible est dû à une passion elle-même irrésistible |
| j’allai m’asseoir sur cette même fenêtre où elle était assise, et j’appuyai ma tête sur le balcon | -passé simple : action | le narrateur est ici sujet des actions qu’il réalise : s’asseoir et appuyer sa tête = il fait preuve d’initiative ou est-il juste mû par la passion qui le gouverne ? -les personnages sont à présent l’un à côté de l’autre |
| Mon cœur était trop plein pour parler. | – le « coeur » est le sujet du verbe être – adverbe « trop » = excès | à nouveau le narrateur est l’objet de son corps et de ses pensées, l’élan de son initiative retombe rapidement |
| « Édouard, me dit-elle, qu’avez-vous ? | apostrophe discours rapporté | La femme s’adresse à lui pour la première fois dans l’extrait, sa question montre de l’inquiétude |
| – Ne le savez-vous pas ? » lui dis-je | forme interro-négative une question répond à une question | au lieu de lui répondre, l’homme lui pose une question, laissant supposer qu’elle sait pourquoi il est malheureux |
| Elle fut un moment sans répondre | négation | la femme ne répond pas immédiatement à la question de l’homme |
| « Il est vrai, je le sais | elle répond à la question et avoue connaître la cause de sa tristesse | |
| mais si vous ne voulez pas m’affliger, ne soyez pas ainsi malheureux. | ne soyez pas ainsi malheureux = proposition principale à la forme négative si vous ne voulez pas m’affliger = proposition surbordonnée circonstancielle de condition | connaissant la cause de son malheur, elle lui demande (impératif : ne soyez pas) de ne pas être malheureux, donc de contrôler ses sentiments et ses émotions, et ce, afin de ne pas la rendre triste. |
| Quand vous souffrez, je souffre avec vous | répétition du verbe « souffrir » | elle sous-entend que leurs sentiments sont réciproques : s’il souffre, elle souffre |
| ne le savez-vous pas aussi ? | question rhétorique | elle sous-entend qu’il sait que leurs sentiments sont réciproques = ils se parlent à demi-mot, n’abordent pas leurs sentiments de manière directe, pourtant, la déclaration d’amour réciproque est puissante |
| Je devrais être heureux de ce que vous me dites, répondis-je, et cependant je ne le puis. | conditionnel : situation attendue cependant : opposition négation (je ne le puis) | L’aveu de l’amour qu’elle a pour lui devrait le rendre heureux, mais il ne parvient pas à ressentir cette émotion, il est impuissant (pouvoir à la forme négative) |
| – Quoi ! dit-elle | discours rapporté exclamation | elle est surprise de la réponse d’Édouard |
| si nous passions notre vie comme nous avons passé ces deux mois, vous seriez malheureux ? | – question – hypothèse | « nous » : ils sont ensemble tacitement, malgré l’impossibilité à concrétiser l’union elle lui pose une question qui permet de comprendre qu’elle se satisfait de la situation actuelle : ce ne serait pas être malheureux que de continuer à être l’un près de l’autre même s’ils ne peuvent pas se marier elle confirme de ce fait le caractère impossible de leur union, malgré l’amour qui les unit |
| Je n’osai lui dire que oui | forme négative | si elle se satisfait de la situation, lui non, mais il ne veut pas le lui dire. |
| je cueillis des fleurs de ce jasmin qui l’entouraient et qu’on ne distinguait plus qu’à peine | « je » est le sujet de l’action | la scène se clôt sans réponse de sa part à lui et avec un retour à la description du cadre dans lequel ils sont. Le soir tombe : l’obscurité est sans doute un symbole de l’état dans lequel il se trouve |
| ; je les lui donnai, je les lui repris | actions contraires | il fait un geste romantique et se ravise |
| puis je les couvris de mes baisers et de mes larmes. | actions de la part du narrateur | il embrasse les fleurs car il ne peut l’embrasser elle. le narrateur est malheureux et la scène se termine sur ses pleurs. |
Problématique
À l’issue de la réflexion menée pour réaliser le tableau ci-dessus, les thèmes clés qui apparaissent sont les suivants :
- un amour impossible entre deux personnages
- l’obstacle provient d’une différence de classe sociale (différence mineure)
- l’extrait se compose en partie d’une description du décor, romantique, et des émotions du personnage
- le personnage est passif, il observe la femme aimée et la « respire » sans rien faire de plus
- ses pensées le paralysent, il est incapable de parler
- c’est la femme qui rompt le silence
- un court dialogue s’ensuit, il est plein de sous-entendus
- le dialogue permet de comprendre que l’amour est réciproque, mais la femme confirme qu’il est impossible
- le seul horizon des amoureux, selon la femme, sera de passer du temps l’un près de l’autre, sans qu’il ne se passe rien
On peut ainsi proposer la problématique suivante
Comment cet extrait du roman Édouard de Claire de Duras met-il en scène le dévoilement d’un amour réciproque mais impossible ?
Plan du commentaire
I. La mise en place d’un cadre romantique, idéal pour déclarer sa flamme
a) Un beau soir d’été au coucher du soleil
détailler les éléments de la description, montrer en quoi ils mettent en place un cadre propice pour une déclaration d’amour / couleurs / parfums => beauté de l’instant entre jour et nuit
b) Edouard observe le cadre et la femme, en retrait
II. Édouard vit une adoration désespérée, paralysante, envers Mme de Nevers
a) Contraste entre le décor paisible et le tumulte des sentiments d’Édouard
b) Les réflexions d’Édouard sur leur amour impossible
III. La déclaration à demi-mot
a) Le court dialogue et l’aveu des sentiments, qui se fait de manière sous-entendue, indirecte
il lui fait comprendre qu’il l’aime, elle confirme que l’amour et réciproque => bref instant de bonheur pour Édouard
b) La confirmation de leur union impossible et la clôture de la scène
Mme de Nevers admet qu’elle aime aussi Édouard, mais elle sous-entend aussi que cet amour ne peut pas se concrétiser. Édouard en connaît la cause (les barrières sociales), il l’évoque dans ses réflexions plus haut (« le mépris la poursuivrait dans mes bras ! »). La scène se clôt donc sur un Édouard mutique, qui ne tente pas de lutter contre les ridicules règles de la société. Il lui cueille des fleurs et pleure doucement.
Et vous, quel plan avez-vous réalisé ? Répondez en commentaires pour avoir un avis.
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