Le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de la Boétie s’inscrit au programme de français de Première pour l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle », avec le parcours associé « Défendre et entretenir la liberté». Cette œuvre, rédigée vers 1548 par un jeune homme d’à peine seize à dix-huit ans, reste un texte fondamental pour comprendre la pensée politique humaniste de la Renaissance. Voici une fiche de synthèse sur l’auteur et son oeuvre pour vous aider à retenir l’essentiel pour le Bac de français 2026.
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📖 Sommaire de votre fiche de révision
- I. Étienne de la Boétie : l’homme derrière l’œuvre
- II. Genèse, publication et appropriations du texte
- III. Les caractéristiques formelles du Discours
- IV. Les thèses majeures de l’œuvre
- V. La solution humaniste : étude et savoir
- VI. Thèmes clés pour le Bac de Français
- 📝 Testez-vous : questions sur l’œuvre
- 💬 Quelques citations choisies et commentées
- 🚀 VII. Réussir la dissertation sur La Boétie
- 📌 Synthèse finale : ce qu’il faut retenir
- ❓ FAQ : questions fréquentes

Discours de la servitude volontaire : fiche de synthèse et citations
1.1 Biographie et formation humaniste
Étienne de la Boétie (1530-1563) est le fruit d’une éducation humaniste poussée jusqu’à un haut degré de perfection. Orphelin très jeune, il reçoit d’abord les leçons de son oncle, ecclésiastique féru de droit, de culture antique et de théologie. Il est ensuite confié au cardinal Gaddi, cousin des Médicis, qui l’initie à l’art et à la philosophie.
Cet héritage éducatif marque profondément la Boétie. Toute sa courte vie (il meurt brutalement à 32 ans, 9 mois et 17 jours ) il conserve une passion insatiable pour l’étude et l’écriture.
Ses activités intellectuelles sont remarquables :
- ◈ Traductions de Virgile, Plutarque et Aristote
- ◈ Compositions de vers en français, latin et grec
- ◈ Sonnets amoureux (29 en tout) adressés à son épouse, publiés par Montaigne
- ◈ Pratique de la philologie (étude critique des textes anciens)
1.2 Le contexte de la composition
Lorsque la Boétie rédige le Discours, vers 1548, il est étudiant en droit à l’université d’Orléans, qui jouit d’une réputation exceptionnelle. Cette université abrite des professeurs émérites, dont certains comme Anne du Bourg sont protestants et s’insurgent avec véhémence contre les persécutions des huguenots.
Ces esprits humanistes et libres exercent sans doute une influence profonde sur le jeune étudiant.
Certains commentateurs lient la genèse du Discours à un événement politique majeur : la répression sanglante, en 1548, d’un mouvement de révolte paysanne contre la gabelle (l’impôt sur le sel) en Guyenne, province du sud-ouest de la France où réside la Boétie.
2.1 Un texte aux origines mystérieuses
Un certain mystère entoure la genèse et la publication du Discours. Aucun manuscrit original ne nous est parvenu, rendant la datation rigoureuse de sa rédaction impossible.
Le texte circule d’abord sous forme de manuscrit (des copies réalisées à la main), dont l’une finit par parvenir entre les mains de Montaigne.
2.2 La rencontre avec Montaigne
En 1557, au Parlement de Bordeaux, les deux hommes se rencontrent et nouent une amitié profonde. Cette relation marque si intensément Montaigne qu’il lui consacre le célèbre chapitre « De l’amitié » dans ses Essais. La Boétie devient pour lui l’incarnation idéale de l’humaniste et du penseur libre.
À la mort de son ami, Montaigne devient le dépositaire de son œuvre. S’il publie ses poèmes et traductions, il hésite pour le Discours. Son explication dans l’Avertissement de 1570 est restée célèbre :
« Je leur trouve la façon trop délicate et mignarde pour les abandonner au grossier et pesant air d’une si malplaisante saison. »
Montaigne exprime ici sa crainte que l’ouvrage ne soit récupéré ou lu à contresens dans le contexte violent des guerres de Religion (1560-1570). Il préfère protéger l’œuvre de son ami plutôt que de la voir servir de pamphlet politique incendiaire.
2.3 Les appropriations successives : une œuvre détournée
Malgré les précautions de Montaigne, le Discours connaît une histoire éditoriale mouvementée, devenant un véritable caméléon politique au fil des siècles :
Le texte est récupéré par les protestants qui le modifient pour en faire un pamphlet contre la monarchie catholique. Il circule sous le titre choc de Contr’un.
Enfin publié dans une version fidèle, il est aussitôt saisi par les révolutionnaires qui y voient un manuel d’insurrection contre la royauté.
En pleine révolte ouvrière (Paris, Lyon), le texte change encore de visage : il est désormais lu comme un éloge de la démocratie et de la souveraineté du peuple.
🚀 À retenir : Le génie de La Boétie est d’avoir écrit un texte si puissant qu’il reste d’actualité pour chaque génération luttant contre l’oppression.
2.4 L’importance de ces détournements
Ces multiples appropriations successives témoignent de la richesse interprétative que son écriture autorise. Le Discours accède au statut de classique de la pensée politique, dont la portée dépasse largement les intentions originelles de l’auteur.
Il importe de bien distinguer deux niveaux de lecture pour vos copies :
- La lecture politique rétrospective : L’œuvre utilisée comme arme de combat (révoltes, révolutions).
- Le projet humaniste originel : Un éloge vibrant de la liberté et de la nécessité absolue de penser par soi-même.
« La liberté, c’est ce que l’on fait de ce qu’on nous a fait. »
3.1 Une double marque de jeunesse
Le texte porte doublement la marque de la jeunesse de son auteur, oscillant entre maîtrise technique et élan passionné :
🎓 L’exercice scolaire
Un développement méthodique qui respecte les six étapes de la rhétorique antique :
- Exorde (Introduction)
- Proposition (Thèse)
- Narration (Faits)
- Preuve (Arguments)
- Réfutation (Objections)
- Péroraison (Conclusion)
🔥 L’écriture fougueuse
Une langue qui dépasse la rigidité du traité. La Boétie utilise une parole vivante, souple et poétique. C’est cette liberté d’expression qui brise le carcan académique et donne au texte sa force d’impact.
3.2 Une langue singulière
La langue du Discours de la servitude volontaire ne se contente pas de démontrer ; elle cherche à réveiller. Elle se distingue par quatre piliers majeurs :
Une phrase qui épouse les mouvements de la pensée, loin de la raideur des traités classiques.
L’utilisation d’images et de métaphores inattendues qui illuminent le propos politique.
Une fougue qui transcende la froide logique argumentative pour devenir un plaidoyer vibrant.
La Boétie utilise le docere (instruire) mais surtout le movere (toucher) pour mobiliser son lecteur.
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4.1 La liberté comme bien naturel
Pour La Boétie, la liberté constitue l’origine et le propos central de son œuvre. Montaigne résume magnifiquement cet enjeu :
à l’honneur de la liberté contre les tyrans ».
La liberté n’est pas un simple droit politique acquis, mais un bien naturel, une condition essentielle de l’humanité. Elle est source de « bonheur » et de « félicité ».
Être homme, c’est être libre.
La Boétie l’affirme avec force : redevenir libre, c’est « de bête redevenir homme ».
L’emploi récurrent du pronom personnel « nous » atteste de cette volonté d’interpeller le genre humain dans sa globalité et de signer un ouvrage véritablement humaniste.
4.2 L’impératif de défense
Cette vision positive de la liberté naturelle engendre un impératif moral immédiat. La Boétie ne se contente pas de définir la liberté, il appelle à sa protection :
« Non seulement nous naissons avec notre liberté, mais aussi avec la volonté de la défendre ».
La défense de la liberté ne doit pas être passive mais active et courageuse. Elle exige de la vaillance, un terme fort chez les humanistes qui renvoie au courage du chevalier autant qu’à celui de l’esprit.
4.3 La fragilité de la liberté
Paradoxalement, ce bien si précieux est extrêmement fragile. La Boétie nous avertit qu’elle ne constitue pas un acquis définitif :
« il se perd s’il n’est entretenu ».
La Boétie utilise une métaphore végétale pour décrire la liberté : elle n’est qu’une « semence frêle et mince ». Cette image souligne qu’il est bien plus aisé de la perdre que de la regagner.
L’entretien permanent : Cette fragilité impose une vigilance constante. Comme une plante délicate, la liberté demande un soin quotidien, une culture de l’esprit et une résistance aux habitudes qui nous endorment.
4.4 L’énigme de la servitude volontaire
Le paradoxe central du Discours réside dans une énigme troublante : pourquoi les hommes, créés libres par nature, acceptent-ils si massivement les fers de la servitude ?
« S’ils la désiraient, ils l’auraient. »
La Boétie identifie l’obstacle majeur à la reconquête de la liberté : le défaut de volonté. Ce n’est pas la force du tyran qui asservit le peuple, mais le manque de désir des hommes eux-mêmes.
L’élucidation du mystère : Tout le Discours est consacré à comprendre ce processus de « dénaturation ». Pourquoi l’homme, né pour être libre, finit-il par oublier jusqu’au goût de la liberté ?
4.5 La force de l’habitude comme explication
L’une des explications majeures que propose la Boétie tient à la force de l’habitude, qui agit comme un voile sur la conscience :
🏛️ L’Héritage
Les peuples nés libres (Spartiates, Vénitiens) entretiennent la liberté « dès le berceau ». Elle est pour eux une seconde nature.
⛓️ L’Oubli
Nés sous la tyrannie, ils ont oublié leur nature originelle. « Ils ne ressentent pas le malheur d’être esclaves » car la servitude leur semble naturelle.
La Boétie rejoint ici un thème cher à Montaigne : l’habitude est une « seconde nature » qui efface la première. Michel Butor souligne d’ailleurs que le portrait de La Boétie et celui du Cannibale dans les Essais manifestent le même étonnement face au spectacle de l’obéissance.
5.1 Le rôle des individus libres
Dès lors, un chemin se dessine pour défendre et entretenir la liberté. Ce chemin doit être tracé par tous ceux qui, animés d’une conscience plus vive, refusent la fatalité de l’oppression :
Ces individus investis d’une responsabilité spéciale forment l’avant-garde de la résistance. Leur rôle n’est pas nécessairement de mener une guerre physique, mais d’accomplir une tâche intellectuelle et morale :
- ⚡ Réveiller les consciences : Sortir le peuple de son sommeil politique.
- ⚡ Briser l’habitude : Dénoncer ce qui semble « normal » mais qui est en réalité aliénant.
- ⚡ Rappeler la nature originelle : Redonner aux hommes le souvenir de leur dignité d’être libre.
5.2 L’importance capitale de l’étude
La solution primordiale, selon La Boétie, ne réside pas dans la violence, mais dans la construction intérieure de l’individu à travers trois piliers indissociables :
Le jeune écrivain place sa confiance dans les livres et dans l’écriture comme outils de libération. Pour lui, la culture n’est pas un simple ornement de l’esprit, mais un rempart contre la manipulation.
Par son discours humaniste, si libre dans son ton et dans ses mots, La Boétie participe activement à la prise de conscience qu’il appelle de ses vœux. Il ne se contente pas de dire la liberté : il la pratique par le savoir.
5.3 L’écriture comme acte politique
L’œuvre elle-même incarne ce projet humaniste. En écrivant un discours aussi libre, aussi poétique et aussi passionné, La Boétie refuse l’obéissance aux codes rigides du traité politique traditionnel.
Une démonstration par l’exemple
Son langage devient un acte de liberté : il prouve, en l’écrivant, la capacité de l’homme à penser par lui-même et à s’exprimer avec une authenticité absolue.
« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »
Les concepts fondamentaux à maîtriser
Testez-vous
🧠 Questions de révision : La Boétie
Vérifie tes connaissances sur les enjeux du Discours
1. Pourquoi La Boétie écrit-il ce texte si jeune ?
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2. Quel est le paradoxe central de l’œuvre ?
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3. Quel rôle joue l’habitude dans l’aliénation ?
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4. Comment combattre cette servitude selon l’auteur ?
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5. En quoi ce texte est-il profondément humaniste ?
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Quelques citations choisies
Voici 23 citations extraites du Discours de la servitude volontaire. Elles suivent l’ordre du texte et vous permettent de mieux comprendre les points clés. Nous vous expliquons chaque citation :
« À parler à bon escient, c’est un extrême malheur d’être sujet à un maître, duquel on ne se peut jamais assurer qu’il soit bon, puisqu’il est toujours en sa puissance d’être mauvais quand il voudra. »
🎯 L’idée force : La Boétie dénonce ici l’arbitraire. Le problème n’est pas seulement d’avoir un « mauvais » maître, mais d’être dépendant de la volonté changeante d’un seul homme. C’est l’essence même de l’insécurité politique.
« … voir un million de millions d’hommes servir misérablement, ayant le col sous le joug, non pas contraints par une plus grande force, mais aucunement (ce semble) enchantés et charmés par le nom seul d’un, duquel ils ne doivent ni craindre la puissance, puisqu’il est seul, ni aimer les qualités, puisqu’il est en leur endroit inhumain et sauvage. »
💡 Analyse Bac : Remarquez l’usage des termes « enchantés » et « charmés ». La Boétie suggère que la tyrannie ne repose pas sur la force physique, mais sur une forme de fascination irrationnelle, un sortilège que le peuple se jette à lui-même. C’est le passage où il expose l’absurdité mathématique du pouvoir : comment 1 peut-il dominer des millions ?
« Mais, ô bon Dieu ! que peut être cela ? comment dirons-nous que cela s’appelle ? quel malheur est celui-là ? quel vice, ou plutôt quel malheureux vice ? Voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernés, mais tyrannisés ; n’ayant ni biens ni parents, femmes ni enfants, ni leur vie même qui soit à eux ! souffrir les pilleries, les paillardises, les cruautés, non pas d’une armée, non pas d’un camp barbare contre lequel il faudrait défendre son sang et sa vie devant, mais d’un seul ; non pas d’un Hercule ni d’un Samson, mais d’un seul hommeau, et le plus souvent le plus lâche et femelin de la nation. »
💡 Analyse Bac : Ce passage est célèbre pour son accumulation de questions rhétoriques qui traduisent la stupéfaction de l’auteur. Notez le néologisme méprisant « hommeau » (petit homme) : La Boétie désacralise la figure du tyran. Ce n’est pas un colosse (Hercule), mais un être souvent médiocre. Le scandale est là : la masse se soumet à moins qu’elle-même.
« C’est chose étrange d’ouïr parler de la vaillance que la liberté met dans le cœur de ceux qui la défendent ; mais ce qui se fait en tous pays, par tous les hommes, tous les jours, qu’un homme mâtine (¹) cent mille et les prive de leur liberté, qui le croirait, s’il ne faisait que l’ouïr dire et non le voir ? »
💡 Analyse Bac : La Boétie joue ici sur l’opposition entre l’ouïr (la légende, la théorie) et le voir (la réalité brutale). Il souligne l’incroyable disproportion numérique : « un homme » contre « cent mille ». Ce passage sert à provoquer l’étonnement du lecteur : comment une telle aberration peut-elle être devenue banale au point de se produire « tous les jours » ?
« Encore ce seul tyran, il n’est pas besoin de le combattre, il n’est pas besoin de le défaire, il est de soi-même défait, mais que le pays ne consente à sa servitude ; il ne faut pas lui ôter rien, mais ne lui donner rien. »
💡 Analyse Bac : C’est l’un des passages les plus célèbres du Discours. La Boétie y développe une idée radicale : le pouvoir n’est pas une force qui s’impose d’en haut, mais une relation qui dépend du consentement d’en bas. En utilisant la répétition du « ne… rien », il montre que la libération ne demande pas un effort de guerre, mais une simple abstention. C’est l’acte fondateur de la résistance passive.
« Ce sont donc les peuples mêmes qui se laissent ou plutôt se font gourmander, puisqu’en cessant de servir ils en seraient quittes ; c’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix ou d’être serf ou d’être libre, quitte la franchise et prend le joug, qui consent à son mal, ou plutôt le pourchasse. »
💡 Analyse Bac : Ce passage est d’une violence verbale rare. La Boétie utilise des images sanglantes (« se coupe la gorge ») pour bien faire comprendre que la servitude n’est pas une simple passivité, mais un suicide politique. L’expression « ou plutôt le pourchasse » suggère même une quête active du malheur. Pour l’auteur, le tyran n’est que le symptôme de la démission du peuple.
« … qu’est-ce que l’homme doit avoir plus cher que de se remettre en son droit naturel, et, par manière de dire, de bête revenir homme ? »
💡 Analyse Bac : Cette question rhétorique contient l’essence de l’humanisme de La Boétie. L’esclavage est présenté comme une régression animale (la « bête »). La liberté n’est pas une invention sociale, mais un « droit naturel ». Revenir à la liberté, ce n’est donc pas seulement changer de statut politique, c’est accomplir une métamorphose morale pour redevenir pleinement humain.
« Soyez résolus de ne servir plus,
et vous voilà libres. »
✨ La force du présent : Remarquez l’instantanéité de la formule. La Boétie n’utilise pas le futur, mais un présent de vérité immédiate. La liberté n’est pas un processus long et complexe ; c’est un basculement intérieur. Dès que l’esprit refuse les chaînes, l’esclavage cesse d’exister, car le tyran n’a de force que celle qu’on lui donne.
« Mais certes les médecins conseillent bien de ne mettre pas la main aux plaies incurables, et je ne fais pas sagement de vouloir prêcher en ceci le peuple qui perdu, longtemps a, toute connaissance, et duquel, puisqu’il ne sent plus son mal, cela montre assez que sa maladie est mortelle. »
💡 Analyse Bac : La Boétie utilise ici la métaphore médicale pour décrire l’état politique du peuple. Le plus grand danger n’est pas la souffrance, mais l’insensibilité : ne plus sentir son mal (l’esclavage) est le signe que l’aliénation est totale. C’est un passage d’un grand pessimisme qui souligne que sans prise de conscience, aucune libération n’est possible.
« … la nature, le ministre de Dieu, la gouvernante des hommes, nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule, afin de nous entreconnaître tous pour compagnons ou plutôt pour frères. »
💡 Analyse Bac : Ce passage pose le fondement de l’argumentation de La Boétie. En utilisant les termes « compagnons » et « frères », il définit l’humanité par la horizontalité. Si nous sortons tous du même « moule » naturel, alors aucune hiérarchie (tyran/sujet) n’est légitime. La servitude est donc une violation de l’ordre biologique et divin de la fraternité.
« … puisque les bêtes, qui encore sont faites pour le service de l’homme, ne se peuvent accoutumer à servir qu’avec protestation d’un désir contraire, quel malencontre a été cela qui a pu tant dénaturer l’homme, seul né, de vrai, pour vivre franchement, et lui faire perdre la souvenance de son premier être et le désir de le reprendre ? »
💡 Analyse Bac : La Boétie utilise ici un argument a fortiori (à plus forte raison). Si même les animaux (le cheval qui mord son frein, l’oiseau en cage) résistent à la captivité, comment l’homme, dont l’essence est la liberté (« né pour vivre franchement »), peut-il ne plus même en avoir le désir ? Le terme « malencontre » souligne le caractère accidentel et monstrueux de cette évolution.
« Il y a trois sortes de tyrans (¹) : les uns ont le royaume par élection du peuple, les autres par la force des armes, les autres par succession de leur race. »
💡 Analyse Bac : Cette classification est audacieuse. En mettant sur le même plan l’élu, le conquérant et l’héritier, La Boétie désacralise l’autorité. Son argument est que le tyran élu agit souvent comme s’il avait conquis son peuple, et l’héritier finit par considérer ses sujets comme des « esclaves naturels ». L’important pour l’auteur n’est pas comment on arrive au pouvoir, mais comment on l’exerce.
« … tous les hommes, tant qu’ils ont quelque chose d’homme, devant qu’ils se laissent assujétir, il faut l’un des deux,
qu’ils soient contraints ou déçus. »
💡 Analyse Bac : Notez la condition préalable : « tant qu’ils ont quelque chose d’homme ». Pour La Boétie, l’état naturel de l’homme est une telle horreur de la servitude qu’il ne peut y entrer que par accident. Soit par la force (guerre, conquête), soit par la tromperie (mensonge politique, fausses promesses). C’est le point de départ de son analyse sur la façon dont le pouvoir s’installe.
« Mais certes la coutume, qui a en toutes choses grand pouvoir sur nous, n’a en aucun endroit si grande vertu qu’en ceci, de nous enseigner à servir et, comme l’on dit de Mithridate qui se fit ordinaire à boire le poison, pour nous apprendre à avaler et ne trouver point amer le venin de la servitude. »
💡 Analyse Bac : La Boétie utilise ici l’exemple historique du roi Mithridate, qui s’immunisait contre les poisons en en absorbant de petites doses quotidiennes. C’est une métaphore de l’habitude : à force de vivre dans la servitude, l’homme finit par perdre le sens de l’amertume (la souffrance) et accepte l’inacceptable comme s’il était normal. C’est l’explication psychologique du « pourquoi » : on s’habitue au mal jusqu’à ne plus le sentir.
« … la première raison de la servitude volontaire,
c’est la coutume. »
💡 Analyse Bac : Après avoir exploré la nature humaine, La Boétie livre ici sa thèse majeure. La coutume (l’habitude) est la force qui réprime l’instinct de liberté. Elle explique pourquoi des peuples entiers ne songent même plus à se révolter : parce qu’ils sont nés dans l’obéissance et que leurs ancêtres leur ont transmis ce joug comme un héritage normal. C’est le passage de la nature (liberté) à la culture (soumission).
« … les gens deviennent, sous les tyrans, lâches et efféminés (…) Or, est-il donc certain qu’avec la liberté se perd tout en un coup la vaillance. »
💡 Analyse Bac : La Boétie explore ici la dimension virile et héroïque de la liberté (très présente chez les auteurs antiques). Pour lui, la tyrannie ne se contente pas de voler la liberté, elle corrompt la personnalité même des sujets. Le terme « efféminés » exprime, au XVIe siècle, une perte de courage et de fermeté. La thèse est claire : on ne peut être courageux dans l’esclavage, car la vaillance a besoin d’un but (défendre son bien, sa famille, son droit) pour exister.
« … le tyran ne pense jamais que la puissance lui soit assurée, sinon quand il est venu à ce point qu’il n’a sous lui homme qui vaille. »
💡 Analyse Bac : Cette phrase révèle le paradoxe du pouvoir solitaire : le tyran règne par le vide. Pour être en sécurité, il doit s’entourer de médiocrité. L’expression « homme qui vaille » désigne ceux qui ont encore de la dignité, du courage ou de l’intelligence. Le projet politique de la tyrannie est donc, par définition, un projet de nivellement par le bas et d’écrasement du mérite humain.
« Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes étranges, les médailles, les tableaux et autres telles drogueries, c’étaient aux peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces alléchements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug. »
💡 Analyse Bac : Remarquez l’énumération qui s’achève sur le terme méprisant de « drogueries ». La Boétie dénonce ici la stratégie du « Pain et des Jeux » (Panem et circenses). Le tyran n’utilise pas seulement la peur, il utilise le plaisir superficiel pour détourner l’attention du peuple de sa propre condition de serf. Le verbe « endormir » est crucial : la tyrannie réussit quand le peuple perd sa vigilance et sa conscience politique au profit du divertissement.
« … il n’a jamais été que les tyrans, pour s’assurer, ne se soient efforcés d’accoutumer le peuple envers eux, non seulement à obéissance et servitude, mais encore à dévotion. »
💡 Analyse Bac : Le passage de la « servitude » à la « dévotion » marque l’aliénation ultime. La dévotion implique un amour sacré, une adoration. Le tyran cherche à se faire passer pour un dieu ou un être providentiel. En rendant son pouvoir sacré, il rend la désobéissance impensable : ce n’est plus seulement une faute politique, c’est un sacrilège.
« … ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. (…) Ces six ont six cents qui profitent sous eux… Ces six cents en tiennent sous eux six mille… Grande est la suite qui vient après cela, et qui voudra s’amuser à dévider ce filet, il verra que, non pas les six mille, mais les cent mille, mais les millions, par cette corde, se tiennent au tyran. »
💡 Analyse Bac : C’est le « secret » de la domination : le tyran ne domine pas par la force physique, mais par une réaction en chaîne d’intérêts. La Boétie utilise l’image du « filet » ou de la « corde ». Le pouvoir se maintient parce qu’une multitude de gens y trouvent un intérêt financier ou judiciaire (échapper aux lois). Finalement, il y a presque autant de gens à qui la tyrannie profite qu’il y en a à qui la liberté serait agréable.
« Ce n’est pas tout à eux que de lui obéir, il faut encore lui complaire ; il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires […] il faut qu’ils dépouillent leur naturel ; il faut qu’ils se prennent garde à ses paroles, à sa voix, à ses signes et à ses yeux […]
Cela est-ce vivre heureusement ? cela s’appelle-il vivre ? »
💡 Analyse Bac : La Boétie utilise ici une accumulation de verbes d’action et de torture (« se rompent », « se tourmentent », « se tuent ») pour montrer que la servitude des proches du tyran est bien pire que celle du peuple. Le courtisan doit pratiquer une auto-surveillance permanente. Les deux questions rhétoriques finales frappent comme un couperet : une vie sans authenticité (« dépouiller son naturel ») n’est plus une vie humaine, c’est une existence de fantôme.
« L’amitié, c’est un nom sacré, c’est une chose sainte ; elle ne se met jamais qu’entre gens de bien, et ne se prend que par une mutuelle estime […] Il n’y peut avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice. »
💡 Analyse Bac : Ce passage est le miroir inversé de la tyrannie. Alors que le tyran est seul et ne connaît que des complices ou des esclaves, l’homme libre connaît l’amitié. Pour La Boétie, l’amitié n’est pas un simple sentiment, c’est une exigence éthique. Elle nécessite l’égalité (la « mutuelle estime ») et la vertu. Sans liberté, il n’y a pas d’amitié possible, car l’amitié demande une confiance que la peur du tyran détruit.
« Apprenons donc quelquefois, apprenons à bien faire ; levons les yeux vers le ciel […] pour l’amour et honneur de Dieu tout-puissant, qui est assuré témoin de nos faits et juste juge de nos fautes. […] puisqu’il n’est rien si contraire à Dieu, tout libéral et débonnaire, que la tyrannie, qu’il réserve là-bas à part pour les tyrans et leurs complices quelque peine particulière. »
💡 Analyse Bac : La Boétie termine son réquisitoire par un argument théologique. Puisque Dieu est « tout libéral » (au sens de généreux et ami de la liberté), la tyrannie est un péché contre la Création elle-même. Cette « peine particulière » promise aux tyrans et à leurs complices est une manière de restaurer l’équilibre moral : personne n’échappe à la responsabilité de ses actes, pas même celui qui s’est cru au-dessus des lois humaines.
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