Il y a autant de raisons et de manières d’apprendre une multitude de langues que de polyglottes eux-mêmes. Mais au fait, qu’est-ce qu’un(e) polyglotte ? Répondre à cette question n’est pas aisé, alors nous allons développer notre réflexion en plusieurs épisodes. Voici le premier, qui s’attache à définir ce qu’est un(e) polyglotte.

Comment devient-on polyglotte ? Épisode 1 : polyglotte, multilingue ou bilingue, de quoi parle-t-on ?
Polyglotte, multilingue ou bilingue ? Quelques définitions
Le choix du bon terme pour désigner quelqu’un qui parle plusieurs langues peut se révéler être plus « piégeux » qu’il n’y parait.
Charlotte Kemp le confirme, il existe bien des différences qualitatives et quantitatives entre les personnes qui parlent 2 langues et celles qui en parlent 3 par exemple.
Sous la direction de Larissa Aronin et Britta Hufeisen, The Exploration of Multilingualism: Development of research on L3 multilingualism and multiple language acquisition, 2009
Certains chercheurs en multilinguisme ne mettent pas tout le monde dans le même sac et prennent heureusement soin de distinguer les personnes en fonction du nombre de langues qu’elles parlent : on peut être trilingue, quadrilingue, quintilingue, sextilingue, etc.
Charlotte Kemp précise que les personnes multilingues n’ont pas besoin d’avoir des compétences équivalentes dans toutes les langues qu’elles parlent et que le terme « polyglotte » (polyglot) est parfois utilisé comme synonyme du terme « multilingue« .
Enfin, à l’échelle d’une nation ou d’un pays, quand des personnes parlent plusieurs langues, on parle de « multilinguisme« .
Qu’est-ce qu’un(e) polyglotte alors ?
Étant donné que la recherche, quel que soit le domaine, s’est finalement très peu penchée sur les polyglottes.
Mais on continue à se demander à partir de combien de langues on devient polyglotte.
Polyglottes : ce qu’en dit la recherche
Du côté de la recherche, on trouve les définitions suivantes :
Ce qui est intéressant dans cette définition c’est qu’elle fixe comme critères un niveau de compétence (peu importe lequel) dans 4 autres langues à part notre langue maternelle ainsi qu’un niveau de maîtrise avancé d’1 seule autre langue à part la nôtre pour être considéré comme polyglotte.
Si Peter baragouine des mots dans 4 langues différentes et parle assez bien français en plus de l’anglais, sa langue maternelle, il est donc considéré polyglotte selon cette définition.
On notera que la définition ne précise pas ce qu’est « un certain niveau de compétence » : faut-il connaître quelques mots ? Savoir dire des phrases ? Écrire ? Comprendre ? Parler assez couramment ?
De même, il n’est pas précisé ce qu’est un « niveau de compétence avancé« .
Est-il le même pour toutes les langues ?
Par exemple en chinois, le HSK définit comme niveau C1 (en niveaux du CECRL) la maîtrise de 2500 mots.
Est-ce la même chose en français ? Probablement pas.
Tout cela nous laisse sur notre faim pour savoir à partir de quand on peut être considéré polyglotte.
Pour être polyglotte, faut-il compter ?
On a tendance à beaucoup se focaliser sur le nombre de langues parlées par quelqu’un pour le définir comme un polyglotte.
Est-ce juste ou faut-il plutôt s’attacher à la qualité de la maîtrise des langues, même si on en parle moins ?
C’est un sujet très débattu parmi les polyglottes eux-mêmes.
Moses McCormick était un hyperpolyglotte (un hyperpolyglotte est quelqu’un qui parle plus de 10 langues) américain célèbre pour avoir étudié 70 langues et avoir été capable de parler 50 langues. Il a développé sa propre méthode pour apprendre les langues (la méthode FLR), et sa chaîne Youtube, laoshu505000, totalise actuellement plus de 1, 2 millions d’abonnés (2025).
Si vous avez déjà eu l’expérience de l’apprentissage des langues et il y a fort à parier que c’est le cas, cette affirmation peut sembler osée.

Même apprendre le français quand on est espagnol (et inversement) alors que les deux langues sont proches ne se fait la plupart du temps pas en 3 mois.
Quoi qu’il en soit, McCormick est un exemple de polyglotte qui remporte le qualificatif de « polyglotte » pour le nombre de langues parlées à un niveau conversationnel, et probablement pas pour son niveau de maîtrise approfondi de ces langues.
Pour Tim Doner, également un jeune hyperpolyglotte qui parle plus de 20 langues, si la maîtrise parfaite devait être le critère, personne ne serait même considéré compétent dans sa propre langue !
Quelques critères communs aux polyglottes qui se considèrent comme tels
Finalement, en réfléchissant à qui peut être considéré polyglotte, ces éléments supplémentaires apparaissent en observant les polyglottes célèbres et les polyglottes de tous les jours qui se reconnaissent eux-mêmes comme tels :
Bilan de l’épisode 1 : Comment devenir polyglotte ?
- Déjà, il n’y a pas de définition admise par tous du terme « polyglotte ». D’après le dictionnaire, un polyglotte est simplement quelqu’un qui parle plusieurs langues
- Les chercheurs parlent, eux, de plurilinguisme et de multilinguisme
- Il n’y a pas de critères qui fixent le nombre de langues qu’il faut parler pour être considéré comme polyglotte
- Il n’y a pas non plus de niveau de maîtrise à atteindre pour être considéré comme polyglotte
- Certains hyperpolyglottes connus le sont parce qu’ils parlent un très grand nombre de langues, mais certains en parlent moins avec un niveau de maîtrise plus approfondi pour chacune
- Un niveau de maîtrise total pour une langue est irréaliste et ne peut pas être un critère pour être considéré polyglotte
- Finalement, plusieurs critères émergent pour nous permettre de définir un polyglotte tels que certains se perçoivent eux-mêmes : un polyglotte se reconnaît comme tel, il apprend intentionnellement les langues, il apprend pour le plaisir, en autodidacte et développe souvent sa propre méthode d’apprentissage.
🎯 En résumé…
Oubliez les définitions rigides des dictionnaires. Devenir polyglotte n’est pas une question de « perfection », mais de démarche. C’est passer de l’apprentissage passif (école, famille) à une aventure active et intentionnelle. Le polyglotte ne collectionne pas seulement les langues, il construit ses propres outils pour découvrir le monde avec curiosité et plaisir.
❓ Foire aux Questions : Devenir Polyglotte
1. Comment savoir si je suis « assez » bon pour me dire polyglotte ?
C’est avant tout une identité personnelle. Si vous vous reconnaissez dans cette démarche, vous l’êtes. La reconnaissance des autres ou un diplôme spécifique sont secondaires par rapport à votre sentiment intérieur.
2. Quelle est la différence entre un bilingue de naissance et un polyglotte ?
La différence réside dans l’apprentissage conscient. Le polyglotte agit avec une intention délibérée, contrairement à celui qui a appris plusieurs langues de manière « accidentelle » par son contexte familial ou géographique.
3. Est-il obligatoire d’apprendre pour son travail ?
Au contraire, le « vrai » polyglotte place la passion avant l’obligation. Le moteur principal est le plaisir de la découverte et le « fun », jamais une contrainte sociale ou professionnelle.
4. Dois-je absolument prendre des cours avec un professeur pour devenir polyglotte ?
Le polyglotte privilégie l’auto-apprentissage. Il est le capitaine de son navire et n’attend pas qu’un tiers lui dicte sa progression ou son programme.
5. Quelle est la meilleure méthode pour apprendre ?
Il n’y a pas de méthode universelle. Les polyglottes développent des stratégies uniques (comme la méthode FLR ou le Full Circle) : chacun finit par créer son propre système sur mesure.
6. Peut-on vraiment apprendre une langue en 3 mois ?
Oui, pour atteindre un niveau conversationnel. C’est l’approche de Moses McCormick ou Benny Lewis qui privilégient l’interaction immédiate sur la perfection académique.
7. Combien de langues faut-il parler pour être polyglotte ?
Il n’y a pas de chiffre officiel. Cependant, certains chercheurs comme Jouravlev suggèrent un total de 5 langues (dont une maîtrisée à un niveau avancé hors langue maternelle).
8. Doit-on maîtriser chaque langue parfaitement ?
Non. La maîtrise « totale » est un mythe irréaliste. De nombreux polyglottes préfèrent la variété des langues à la profondeur absolue de chacune.
9. Est-il plus difficile d’apprendre à l’âge adulte ?
L’adulte a un avantage : il possède des stratégies d’apprentissage et une conscience métalinguistique que l’enfant n’a pas.
10. Quelle est la différence entre multilingue et plurilingue ?
En français, « multilingue » décrit souvent une société (un pays), alors que « plurilingue » désigne l’individu et sa capacité personnelle à jongler entre les langues.
L’épisode 2 de notre série Comment devient-on polyglotte ? se penche sur les polyglottes accidentels et ce que cela signifie :
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