J’ai fait du mentorat pendant 1 an. Voici pourquoi j’ai décidé d’arrêter pour de bon

Nora (le prénom a été changé) est étudiante en droit. Elle a fait du mentorat étudiant au profit d’élèves en difficulté pendant 1 an. Elle explique pourquoi elle a décidé d’arrêter pour de bon et elle a eu envie dans ce billet de nous expliquer pourquoi afin de partager son expérience et pouvoir aider d’autres aspirant(e)s « mentors » dans leur réflexion avant de s’engager.

À la recherche d’une asso pour faire du mentorat étudiant

à la recherche d'une asso étudiante en France

Je suis maintenant en Master de droit et ça fait des années que j’avais cette idée qui me trottait dans la tête de faire du mentorat c’est-à-dire d’accompagner un élève en difficulté pour l’aider à s’en sortir et à réussir dans ses études (mais aussi dans sa vie en général).

C’était pendant les années COVID et j’avais vraiment envie de m’engager pour une cause même si je ne savais pas trop dans quoi je mettais les pieds car dans mon entourage personne n’avait jamais fait du mentorat étudiant.

Je me suis dit « allez vas-y, teste, tu verras bien et ça ne peut qu’être positif ».

Il faut savoir qu’à ce moment-là il n’y avait pas encore chatGPT et donc les étudiants en difficulté qui n’avaient pas accès à de l’aide aux devoirs ou à des cours particuliers pouvaient vraiment se retrouver en galère s’il n’y avait pas dans leur famille et autour d’eux quelqu’un qui pouvait les aider.

J’ai donc contacté diverses associations sur Internet et j’ai eu quelques échanges avec certaines d’entre elles. Peu ont été réactives dans le fait de répondre sans trop de délai donc j’ai trouvé déjà qu’il fallait démontrer de la persévérance à ce stade-là ! Ensuite, avec certaines assos, les conditions ne matchaient pas avec mes études, assez exigeantes, donc il y a eu un peu de tri.

J’ai un contact avec une asso nationale bien implantée et présente là où je vis alors après quelques échanges par mail, ça me paraît sérieux et je me lance.

Ensuite, j’ai été conviée à une réunion d’information. Plusieurs aspirant(e)s mentors y participent.

À ma grande surprise, il n’y a que des femmes, aucun homme ne fait du mentorat étudiant.

Est-ce qu’ils ont moins de temps ? Est-ce qu’ils sont moins enclins à s’engager dans le mentorat étudiant ?

Mystère, je n’en saurai pas davantage.

Les parcours des différentes femmes sont différents et riches : certaines sont en fin d’études, d’autres viennent d’être diplômées et souhaitent s’engager pendant plusieurs mois le temps qu’elles trouvent un travail.

La réunion se passe bien, les organisateurs sont eux aussi des étudiants ou étudiants nouvellement diplômés, ils sont jeunes et on ressent que l’organisation est flexible, « cool ». Les interactions sont horizontales.

On nous explique qu’un(e) mentoré(e) va nous être assigné(e) et que nous serons informé(s) quelques semaines plus tard par mail.

J’attends donc.

Quelques semaines plus tard, on m’envoie un mail pour me mettre en contact avec la personne que j’accompagnerai. Il s’agit d’une élève de Terminale ayant d’assez lourdes difficultés scolaires. Le contact se passe très bien, et la première rencontre est organisée avec l’un des membres coordinateurs de l’association. C’est une bonne chose et cela permet une mise en place du mentorat sur de bonnes bases.

En route vers mes premières séances de mentorat étudiant, youhouuu

J’ai déjà donné des cours particuliers par-ci par-là pendant mes études, notamment des cours d’anglais parce que j’ai vécu des années aux USA quand j’étais petite et je parle couramment l’anglais. Du coup, ça me paraissait être pareil et j’étais enthousiaste d’aider cette fois gratuitement.

Oui, parce qu’il faut savoir que le mentorat c’est gratuit. Gratuit pour les familles et non défrayé pour les mentors.

Oui alors précision utile. Les règles de l’association à laquelle j’ai adhéré sont de défrayer quelques euros des frais de sortie et de transport, mais vraiment très occasionnellement…

Le transport vers le lieu où on rencontre le mentoré est donc à notre charge.

Par ailleurs, l’asso nous fournit plein d’idées pour faire des activités et sorties gratuites.

Pour certains étudiants mentors eux-mêmes fauchés, ça relève du don de soi, du sacrifice même.

Ça me va, je veux me rendre utile et aider.

L’accompagnement se met en place lentement, la jeune fille n’est pas particulièrement pressée de commencer. Il y a un certain temps qui est perdu dans la mise en place du premier rendez-vous, par message et par téléphone. Je suis un peu frustrée car depuis la prise de contact avec l’asso, près de 4 mois se sont écoulés et l’année scolaire avance.

Les coordinateurs du mentorat mettent en place un groupe d’échange entre mentors, pour s’épauler, mais comme tout groupe Whats’App il est pollué par des discussions qui s’éloignent du sujet principal et au vu du nombre de mentors, je me retrouve vite noyée de messages qui ne me concernent pas et je mute le groupe assez vite. Je trouve cependant sympa l’initiative de l’asso qui consiste à mettre les mentors en contact les uns avec les autres.

Mentorat ne veut pas dire cours particuliers…Ah bon ?

On nous explique que le mentorat ce n’est pas des cours particuliers (même si cela peut être une composante), c’est un accompagnement plus global de la personne.

Nous avons accès en tant que mentors à une formation en ligne, vraiment bien faite, j’ai appris pas mal de trucs.

Ça y est, ma mentorée me donne une date de démarrage, je suis en joie. On s’appelle en visio et on parle de sa vie, et elle me pose beaucoup de questions qui me dépassent comme « est-ce que tu penses que je devrais emménager avec mon copain dès que je suis majeure? ».

J’ai l’impression d’être « la grande soeur » et comme je n’ai ni frères ni soeurs moi-même, mon seul point de référence c’est l’émission « Pascal el grand frère » sur laquelle j’ai dû tomber quelquefois à la télé il y a une décennie en zappant malencontreusement.

pourquoi j'ai arrêté le mentorat

Autant dire que j’étais propulsée dans les « vrais » problèmes des adolescents alors que j’aurais préféré m’en tenir aux maths, au français et à l’anglais. Je ne peux qu’encourager ma mentorée à en discuter avec ceux qui la connaissent bien et sauront la conseiller, à savoir ses parents ou ses amis.

On embraye sur le volet scolaire et là…c’est le drame.

On part de trèèèèès loin et il y a tout à faire en vue du Bac sauf qu’avec le temps perdu à mettre en place le mentorat, le Bac est dans 4 mois…

mentorat étudiant

Dans quoi ai-je mis le doigt ?☝️

Ok, je comprends que je ne peux pas à moi seule (et n’étant pas une professionnelle dans le domaine de l’éducation ou de l’accompagnement) sauver la situation miraculeusement mais le côté fougueux de la jeunesse l’emporte et je me dis « voilà un défi à relever ».

Une part de moi se dit que ça peut être un entraînement pour le jour où j’aurai moi-même des enfants à élever et qu’il faudra faire pareil. Sauf que je ne sais pas si j’ai envie d’avoir des gosses un jour et de plus, mon gosse si j’en ai un, je le mets au pain sec et à l’eau s’il a des mauvaises notes dans absolument toutes les matières. Non mais.

Je me relève les manches et j’apprends à ma mentorée à s’organiser, comme une grande soeur qui est là pour lui montrer le chemin. On fait des tableaux de révisions, des fiches dans toutes les matières, on se retrouve à sauter d’une matière prévue à une autre s’il y a un devoir à rendre…

Les séances sont le soir pour coller à mon planning et au sien ce qui n’est pas chose aisée.

Or pour traiter toutes les matières, on se retrouve à se donner rendez-vous un jour sur deux.

Je grignote de plus en plus sur mon temps de révision car, ne l’oublions pas, je suis aussi étudiante à l’université et le moment des partiels n’est plus très éloigné pour moi non plus.

Le mentorat se met à me bouffer peu à peu tout mon temps libre et ma mentorée se repose de plus en plus sur moi.

Même quand nous n’avons pas de créneau d’accompagnement prévu, elle m’envoie ses dossiers à relire, me demande des corrections, me demande de l’aider à apprendre par coeur…

Je n’en vois plus le bout et me sens responsable d’elle. Pourtant, elle a des parents.


Un jour, j’ai l’occasion de croiser le père de famille.

Tout à fait surpris de me voir, le monsieur me demande « ce que je fais là ».

J’explique que je suis mentor dans une association étudiante mais peine perdue, il ne semble pas être informé du fait que sa fille ait recours au mentorat à travers une association.

Je comprendrai par la suite qu’elle a pris contact avec l’association sans en parler à ses parents, alors que je pensais que le recours à ce type de dispositif se faisait sur critères scolaires mais aussi sociaux.

Je pensais que les familles devaient justifier le fait qu’elles puissent bénéficier de ce type de service sans dépenser un centime (je rappelle qu’en tant que mentors étudiants, nous payons nous-mêmes le déplacement et tout matériel dont on a besoin pour faire notre mentorat).

Le père me lance d’un ton désinvolte « c’est vous l’association qui donnait des flyers l’autre fois au feu rouge? ».

comment fonctionne le mentorat étudiant ?

Il enchaîne :

« mais pourquoi vous faites ça ? Vous vous ennuyez ?

J’ai du mal à comprendre que l’association n’ait à ce point pas prévenu les parents et je me lance dans une explication de mes motivations pour aider gratuitement ça fille, car oui, c’est l’aspect gratuit qui perturbe le plus ce brave père de famille.

Il me semble à ce moment-là que peut-être dans un monde capitaliste où tout est payant et où on nous a seriné à souhait pendant des années que « si c’est gratuit, c’est toi le produit« , ce monsieur était bien inspiré de se demander s’il était le produit de cet arrangement mystérieux entre sa fille, une association et une étudiante qui s’ennuie.

J’apprendrai par la suite que la famille n’a pas particulièrement de difficultés financières.

Et qu’en fait j’en ai probablement plus qu’eux, en tant qu’étudiante (de bonne volonté mais plutôt fauchée).

Le système de mentorat repose simplement sur besoin exprimé par un élève ou sa famille et une aide volontaire proposée par un(e) étudiant(e). La question financière n’entre pas en ligne de compte.

Je me prends le mur d’une réalité sociale complexe

Les séances s’enchaînent et je me retrouve assez démunie à essayer d’aider ma mentorée dans un contexte où la relation avec elle est horizontale.

Je ne suis pas une prof et même si j’ai à coeur de l’accompagner et qu’on virevolte de matière en matière pour tenter de combler les lacunes en maths, en français, en anglais, en économie, en histoire-géo, j’ai la sensation d’être une béquille qui empêche la jeune fille de tenir sur pied seule.

La responsabilité que je ressens est lourde, c’est le Bac quand même.

Pour elle aussi c’est un objectif important, mais c’est une ado et elle décommande plusieurs fois nos rendez-vous pour un motif ou un autre…Je suis frustrée, je me sens impuissante et donner de plus en plus de mon temps ne change pas grand chose aux résultats de la jeune fille car son investissement personnel est insuffisant.

Il faut savoir qu’en dehors de ses études au lycée elle travaille le week-end dans la grande distribution et ses plannings sont difficilement tenables.

J’ai du mal à comprendre, elle est la seule enfant que ses enfants ont à charge, qui vit chez eux, et ses parents sont tous deux insérés socialement et ont un travail stable chacun, ne comprennent-ils pas la priorité qu’est pour elle le fait de passer son Bac plutôt que de travailler ?

Je repense à Bourdieu et au capital social et j’ai l’impression de tenter de combattre seule contre une réalité sociale implacable que je ne saisis même pas complètement.

Le printemps arrive, mes partiels aussi et je me prends de face le mur de la réalité. Ma mentorée reporte de plus en plus de rendez-vous, elle ne souhaite pas perdre ce temps que je lui offre mais elle ne se décide pas non plus à en faire bon usage.

Donc on reporte, on re-porte, on re-re-reporte à l’infini. Et ma patience s’effondre.

Au fur et à mesure que je me concentre sur mes propres révisions de partiels, ma mentorée ne parle plus du Bac et semble s’en remettre au hasard et à sa destinée. Pendant que je bachote mes cours, elle planifie son année à venir.

Qu’elle ait le Bac ou non, elle emménagera avec son copain, qu’elle mettra au travail, et elle ira se chercher également un job. Qui suis-je pour lui dire que le Bac est plus important que des projets de vie à deux, même quand on n’a que 18 ans ?

Sans nouvelles du Bac pendant l’été, je comprends qu’il est passé à la trappe.

Animation d'un cœur en pixel art sur un fond turquoise.

Je ne sais si je dois prendre cela comme un échec personnel ou si j’ai fait ce qu’on attendait de moi : accompagner de manière globale une jeune en difficulté.

Et pas que sur le plan scolaire. Je l’ai écoutée, je l’ai conseillée quand c’était pertinent, notamment sur ses possibilités de poursuite d’études, sur le DAEU notamment, je l’ai redirigée quand il le fallait vers ceux qui pouvaient l’aider au mieux. Difficile pourtant de me départir d’un sentiment d’échec.

Je prends l’été pour réfléchir avant de continuer ou non. Les vacances me permettent de prendre du recul et aider un jeune en difficulté c’est quelque chose qui me plaît. Je décide de rempiler.

Malgré une fin de mentorat un peu chaotique, ma mentorée décide de rempiler pour un an.

Je décide de l’appeler pour en parler.

qu'est-ce que le mentorat ? témoignage

« Tu es sûre? » je lui demande. « Tu n’avais plus l’air très emballée vers la fin… ». Elle m’assure que « oui » et qu’elle aimerait me garder comme mentor car nous nous entendons bien.

On repart donc pour un an de mentorat.

Le premier rendez-vous de septembre est difficile à organiser, entre mes obligations à moi et les retards de bus de ma mentorée. On reporte, on reporte…On finit par s’appeler, elle est enthousiaste, son projet d’emménager en couple se rapproche, elle a décidé de ne pas retenter le Bac et elle fait une formation à la place. Elle est très contente.

Ah et elle m’explique qu’elle a découvert l’existence de chatGPT, ça l’aide à faire ses devoirs désormais. J’en suis contente, elle peut être plus autonome désormais. Elle me propose donc de continuer à discuter avec elle pour l’encourager dans ses projets.

Le deuxième rendez-vous n’aura jamais lieu.

Elle s’est trouvé une voie, et je n’ai plus besoin de lui tenir lieu de béquille. Je n’ai plus eu de ses nouvelles depuis.

Les mois ont passé, je suis aussi très occupée pour ma part et je suis soulagée de ne plus avoir à courir après quelqu’un et me soucier de son avenir comme si j’en étais responsable.

Je n’ai pas eu envie de demander à l’association d’accompagner un(e) autre jeune dans le besoin.

Voilà comment a pris fin une année de mentorat.

Qu’est-ce que j’en retiens ?

En réfléchissant a posteriori sur cette année de mentorat, je me rends compte que j’ai cru que l’échec était personnel. Que si ma mentorée n’a pas eu son Bac, c’était parce que je n’avais pas assez donné, assez essayé.

En relisant mon expérience, je vois que c’était bien plus compliqué.

D’abord, une réalité systémique : le mentorat étudiant repose sur une belle intention mais une architecture fragile.

Un homme courant avec urgence, la scène montre un bâtiment en désordre, des débris en train de tomber autour de lui.

On demande à des étudiants eux-mêmes souvent fauchés et stressés de compenser les manques du système public d’aide. C’est généreux, mais c’est aussi une externalisation de responsabilité publique vers le mentorat.

Les associations font du mieux qu’elles peuvent, mais avec des moyens limités, sans superviseurs professionnels, elles sont condamnées à reproduire des inégalités plutôt que de les corriger.

Ensuite, une question de rôle : j’ai oscillé entre « grande sœur » et « tutrice », sans jamais clarifier qui j’étais vraiment. Cette ambiguïté a été source de frustration constante. Un mentor ne peut pas être émotionnellement responsable du Bac de quelqu’un. Ce rôle n’existe pas.

Le mentorat, un travail non-payé ?

Le mentor paie son transport, donne du temps gratuitement, donne des compétences, peut se sentir responsable émotionnellement et académiquement. En gros, on est quand même sur du travail social gratuit.

Ça interroge : des étudiants eux-mêmes aux ressources limitées peuvent être amenés à un travail de CARE gratuit pour des familles stables financièrement. Est-ce éthique ?

Un travail gratuit de care effectué par une majorité de femmes?

On peut aussi se poser des questions sur ce type de travail de care effectué encore une fois gratuitement par une majorité de femmes. Ça fait penser aux travaux de Barbara Ehrenreich et Arlie Russel Hochschild :

Couverture du livre 'Global Woman' édité par Barbara Ehrenreich et Arlie Russell Hochschild, montrant une femme avec un enfant dans les bras utilisant un aspirateur dans un cadre domestique.

La leçon que je veux retenir : le mentorat ne fonctionne que si le mentoré est intrinsèquement motivé et qu’il prend ses responsabilités sans les déporter sur le mentor.

J’ai accepté cette limite tard, trop tard pour éviter la culpabilité. Mais du moins, je peux le dire clairement : ce n’est pas un échec personnel. C’est une limite systémique.


Qu’est-ce que TU dois savoir si tu veux faire du mentorat

Pour les aspirant(e)s mentors, voici ce que je recommande :

  1. Clarifie ton rôle avant de commencer. Qui es-tu dans la relation ? Prendre la responsabilité de la réussite ou de l’échec de la personne accompagnée est une erreur.
  2. Limite ton investissement. Tu es étudiant(e), pas professionnel(le) de l’aide !
  3. Demande du support à l’association. Si l’association n’en fournit pas, pas assez ou pas assez bien, revois ton engagement.
  4. Accepte que ce ne soit pas ta responsabilité si ça ne marche pas. La responsabilité est collective, pas individuelle.
  5. Pars si tu sens venir le burn-out. Tu es mentor, pas esclave. On n’est pas dans une relation qui requiert le sacrifice de soi.

Peut-être que la solution n’est pas de compter sur une relation mentor-mentoré pour aider les jeunes en difficulté mais d’exiger que l’État fasse son travail: s’assurer que les élèves en classe aient des profs, réduire les effectifs des classes, offrir une aide accessible et professionnelle.

Jusque-là, le mentorat étudiant bénévole restera une rustine sur une fracture sociale.


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