Et si on s'intéressait à l'argot des criminels en français ? Son histoire est riche et peu connue.
💡 Note : Ce vocabulaire est à connaître pour la compréhension, mais il peut être risqué ou déplacé de l'utiliser soi-même sans en maîtriser les codes sociaux !
L'argot des criminels : un langage secret
L'argot des criminels n'est pas qu'un simple ensemble de mots : c'est une langue secrète, vivante et en perpétuelle évolution qui a traversé les siècles en se transformant, se transmettant de génération en génération, de prison en prison, de gang en gang.
D'abord créé pour communiquer sans être compris de la police, ce langage est progressivement devenu un marqueur d'identité, un code de reconnaissance entre marginaux, un refus de l'ordre établi codé dans chaque parole.
L'argot des voleurs, des assassins, des truands n'est donc pas qu'une curiosité linguistique : c'est le reflet de siècles de marginalité, de résistance et de réinvention sociale documentée à travers des ballades, des procès, des dictionnaires et des archives de police.

I. Les origines médiévales : les Coquillards et le premier argot français
Comment sont nés les groupes criminels ?
Les groupes criminels organisés ont émergé après la Guerre de Cent ans.
Écoutez cette explication :
Le Jargon de la Coquille (XVe siècle)
L'argot criminel français ne commence pas au XIXe siècle avec Vidocq : il remonte au XVe siècle, avec les Coquillards, première organisation criminelle documentée dont l'existence repose sur un jargon secret.
En 1455 à Dijon, un procès historique révèle l'existence de la compagnie de la Coquille, une bande structurée de voleurs, d'escrocs et de meurtriers qui opéraient depuis deux ans dans la ville.
Valérie Toureille explique :
"Ce que nous savons des Coquillards tient pour l’essentiel aux feuillets d’un cahier d’une quinzaine de pages aujourd’hui conservé aux archives départementales de la Côte d’Or. Il s’agit de la copie d’un procès de plusieurs malfaiteurs, qui s’est tenu à Dijon entre octobre et décembre 1455, et dont l’instruction fut conduite par le procureur de la ville, Jean Rabustel." (Toureille, V. 2007)
Les Coquillards se sont appelés ainsi car leur symbole était la coquille de Saint Jacques de Compostelle.

L’argot des criminels en français : le guide complet du "milieu"
Leur jargon, le premier argot des voleurs français, servait trois fonctions essentielles :
- Code de reconnaissance entre membres
- Protection contre la police et les autorités
- Description précise des rôles au sein de l'organisation criminelle
Selon les confessions du procès, la compagnie comprenait plusieurs catégories de criminels, chacune avec son propre terme en argot :
La hiérarchie criminelle était minutieusement codifiée : les « gaschatres » étaient les apprentis délinquants, tandis que les « coquarts » et les « fins de la Coquille » représentaient l'élite criminelle, celle qui maîtrisait toutes les « sciences et tromperies ».
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1. L'argot criminel français est apparu au XIXe siècle avec Vidocq.
2. Un "envoyeur" était, en jargon, un meurtrier.
3. Les "gaschatres" étaient l'élite de l'organisation.
François Villon et la littérature argotique
Le poète François Villon (1431-après 1463), bien qu'il ne soit pas membre confirmé de la Coquille, a côtoyé ces criminels et a immortalisé leur langage en vers dans les ballades jargonnesques de 1489.
Ces six ballades constituent le premier enregistrement littéraire de l'argot, bien avant les dictionnaires modernes.
Ballades en jargon
Exemples du jargon des Coquillards préservés par Villon et les ballades jargonnesques :
| Mot coquillard | Sens |
|---|---|
| Arver | Tuer |
| Bailler | Frapper, donner des coups |
| Bertagne | Maison |
| Brenne | Feu |
| Chaufer | Torturer |
| Colin | Voleur |
| Estourmir | Assommer |
| Gueuser | Mendier, vivre de larcin |
| Jargon | Argot, langage secret |
| Maquille | Nuit (pour faire des coups de nuit) |
| Pipeur | Tricheur aux dés |
Ces termes reflètent les spécialités criminelles du Moyen Âge : torture, vol, meurtre, tromperie aux jeux.
II. L'évolution de l'argot : du Moyen Âge au XIXe Siècle
Le verlan : une technique ancienne. Contrairement à la croyance populaire, le verlan n'est pas une invention du XXe siècle ! Cette technique (métathèse) remonte au XIIe siècle.
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III. L'âge d'or : Vidocq et le XIXe Siècle
Eugène-François Vidocq a documenté les différents types de criminels. Voici le vocabulaire essentiel de son époque :
| Mot d'argot | Sens / Contexte | Époque |
|---|---|---|
| Affranchi | Voleur expérimenté, homme du milieu | 1821 |
| Aiglon | Apprenti voleur, jeune voleur | - |
| Alphonse | Souteneur, proxénète | 1860 |
| Antonner | Voler une église (Argot spécialisé) | - |
| Balancer sa canne | Passer de vagabond à voleur | - |
| Bonjourier | Voleur au bonjour (par effraction) | - |
| Boucan | Escroquerie (Argot parisien) | - |
| Dévergondée | Femme légère, débauche | - |
| Escoffier | Tuer | - |
| Floueur | Tricheur aux cartes | - |
| Keuf | Flic (verlan moderne) | XXe |
| Lardon | Enfant (Argot populaire) | - |
| Louchébem | Argot des bouchers / boulangers | XIXe |
| Panier à salade | Fourgon cellulaire de police | - |
| Pacquelin | Pays natal (Argot des voleurs) | - |
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Vidocq : Pensionnaire et Lexicographe
Brigade de Sûreté - Dossier Historique
Eugène-François Vidocq (1775-1857), ancien forçat devenu fondateur de la Brigade de Sûreté en 1809, est la figure centrale du XIXe siècle criminel français.
Ancien voleur devenu flic, Vidocq a utilisé son savoir des milieux criminels pour infiltrer et arrêter les truands, tout en documentant leur langage pour la postérité.
En 1828, Vidocq publie ses Mémoires, qui incluent des textes en argot et un vocabulaire criminel détaillé. En 1829, il sort le Nouveau Dictionnaire d’Argot, et en 1837, il publie son chef-d’œuvre lexicographique : Les Voleurs – Physiologie de leurs mœurs et de leur langage, qui comporte une longue préface explicative et un dictionnaire exhaustif de l’argot des voleurs.
Cet ouvrage de référence documente les différents types de criminels :
- 🕵️ Les « maltouziers » : contrebandiers
- 🏠 Les « limousineurs » : voleurs de plomb (toitures)
- 🛍️ Les « détourneuses » : voleuses expertes en magasins
- 🎲 Les « floueurs » : tricheurs aux tables de jeu
- 🧒 Les « ratons » : enfants employés au vol
- 🔥 Les « suageurs » ou « chauffeurs » : brutes qui torturent pour les cachettes
- 📦 Les « valtreusiers » : pillards de bagages en diligence
PÈGRE, subst.
Chronologie :
• 1797 : Apparaît sous la forme masculine paigres (« voleurs ») chez Mercier.
• 1821 : Orthographié pègre dans l'argot du bagne de Brest.
• 1828-29 : Vidocq popularise l'expression « La Haute Pègre » dans ses Mémoires pour désigner l'élite du crime organisé.
L'origine probable :
Le mot dériverait du provençal pega ou pego signifiant « poix » ou « glu » (du latin picare : enduire de poix).
"Avoir de la poix aux doigts" est une métaphore ancienne pour désigner l'acte de dérober : les objets restent collés aux mains du voleur. On retrouve cette racine dans l'argot marseillais où le pego désignait le larron des quais.
Source : D'après le CNRTL
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• L'envers devient Verlan.
• Femme devient Meuf.
• Fête devient Teuf.
Quand peut-on utiliser l'argot ?
L'argot change-t-il selon les régions ?
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