La cigale et la fourmi, Les fables de La Fontaine : Analyse

« La Cigale et la Fourmi » est l’une des fables les plus célèbres de Jean de La Fontaine, publiée en 1668 dans son premier recueil. Cette fable offre une riche analyse littéraire et morale. Intéressons-nous à son étude et aux pistes pédagogiques pour l’exploiter en classe.

La cigale et la fourmi, Les fables de La Fontaine : Analyse
La Cigale et la Fourmi, Les fables de La Fontaine : Analyse
LA CIGALE ET LA FOURMI
La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise1 fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût2, foi d’animal3,
Intérêt et principal4.
La Fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise5 :
Et bien ! dansez maintenant.

La fable est composée de vers rimés, avec une structure poétique qui la rend facile à mémoriser et agréable à dire.

La Fontaine utilise des rimes et des rythmes variés pour créer une musicalité qui reflète le chant de la cigale.

Résumé de la fable

Le personnage de la Cigale a chanté tout l’été, c’est-à-dire qu’elle a profité de vie, consommé et dépensé sans se préoccuper de l’avenir. Quand arrive l’hiver, elle n’a plus rien et va demander à la fourmi, économe, de lui donner de quoi survivre. Mais la fourmi lui fait la morale : si elle n’a pas été prévoyante, qu’elle se débrouille maintenant !

Quand on analyse une fable, on se demande toujours ce que symbolisent les animaux.

Dans le cas de la fable « la Cigale et la Fourmi », analysons les deux personnages :

La Cigale

  • Représente l’insouciance et la légèreté : elle profite, consomme et dépense sans réfléchir à l’avenir
  • Symbolise l’artiste ou celui qui vit dans l’instant
  • Elle est généreuse, chantant « à tout venant », mais pas prévoyante

La Fourmi

  • Incarne la prudence et le travail acharné
  • Symbolise l’épargne et la prévoyance
  • Caractérisée comme « pas prêteuse », elle est proche de ses sous
  1. Contraste entre deux visions de la vie: L’insouciance artistique face à la prévoyance matérielle.
  2. Critique sociale: La fable reflète les tensions entre artistes et bourgeois dans la société du XVIIe siècle.
  3. Ambiguïté morale: La Fontaine ne condamne pas explicitement la cigale, laissant place à l’interprétation.
  4. Responsabilité et conséquences: La fable souligne l’importance d’assumer les conséquences de ses choix.

La Fontaine exprime une situation commune en peu de mots et d’une manière mélodique et amusante. Il utilise pour cela différents outils :

  1. Champ lexical de la pauvreté: « dépourvue », « crier famine », soulignant la situation désespérée de la cigale.
  2. Personnification: Les insectes sont dotés de caractéristiques humaines, comme dans la plupart des fables
  3. Dialogue: Utilisé pour dynamiser le récit et illustrer le conflit entre les personnages.
  4. Ironie: Présente dans la réponse finale de la fourmi.

La fable peut être lue à plusieurs niveaux, il n’y a pas une interprétation unique :

  • Comme une simple leçon de prévoyance
  • Comme une critique de l’égoïsme et du manque de compassion
  • Comme une réflexion sur la place de l’art dans la société

La Fontaine, lui-même artiste vivant du mécénat, présente une vision nuancée qui ne condamne pas totalement la cigale, contrairement à la version d’Ésope qui est plus explicitement moralisatrice.

En conclusion, « La Cigale et la Fourmi » est une fable complexe qui, sous des apparences simples, offre une réflexion profonde sur les valeurs sociétales et les choix de vie.

Idées d’exploitation pédagogique de la fable

Pour le niveau lycée (2nde) :

  • Étude comparative de différentes versions de la fable (Ésope, Phèdre, La Fontaine) pour analyser l’évolution du genre
  • Projet interdisciplinaire : création d’une adaptation théâtrale de la fable, incluant l’écriture du scénario, la mise en scène et la représentation
  • Analyse critique de la morale de la fable dans le contexte socio-économique actuel
  • On peut faire travailler les élèves sur la version de Queneau intitulée « La cimaise et la fraction« , en faisant le parallèle entre ce poème et la fable « La Cigale et la Fourmi » :

La Cimaise et la Fraction
La cimaise ayant chaponné
tout l’éternueur
se tuba fort dépurative
quand la bixacée fut verdie :
pas un sexué pétrographique morio
de mouffette ou de verrat.
Elle alla crocher frange
Chez la fraction sa volcanique
La processionnant de lui primer
Quelque gramen pour succomber
Jusqu’à la salanque nucléaire.
« Je vous peinerai, lui discorda-t-elle,
avant l’apanage, folâtrerie d’Annamite !
interlocutoire et priodonte. »
La fraction n’est pas prévisible :
c’est là son moléculaire défi.
« Que ferriez-vous au tendon cher ?
discorda-t-elle à cette énarthrose.

Nuncupation et joyau à tout vendeur,
Je chaponnais, ne vous déploie.

Vous chaponniez ? J’en suis fort alarmante.
Eh bien ! débagoulez maintenant. »
Raymond Queneau,
Oulipo, La littérature potentielle, 1973

Voix : Michael Mansour – Musique : Carl Aubut – Titre: Azur Montage : Robert Chidiac
  1. la bise est un vent froid, il symbolise l’arrivée de l’hiver ↩︎
  2. l’oût : le mois d’août (donc l’été d’après) ↩︎
  3. foi d’animal signifie ici « je vous donne ma parole », « je m’y engage » ↩︎
  4. c’est-à-dire que la cigale remboursera le montant prêté par la fourmi plus les intérêts ↩︎
  5. j’en suis fort aise signifie « j’en suis ravie » ↩︎

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