La Fontaine a-t-il copié Ésope pour créer ses fables ?

La Fontaine admet sans aucune « honte » avoir pris son inspiration chez des auteurs de l’Antiquité, qui avaient déjà eu l’idée des fables. Mais alors, a-t-il simplement plagié Ésope ? C’est ce que nous verrons dans ce billet.

🕒 Mise à jour : 20 août 2026

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les fables de la fontaine
Les fables de La Fontaine : copiées d’Ésope ?

I. La Fontaine a-t-il copié Ésope pour créer ses fables ?

Vous pouvez écouter l’explication et/ou la lire :

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Écouter la leçon audio : La Fontaine a-t-il copié Ésope?

L’imitation créative de La Fontaine

La Fontaine s’inspire ouvertement des fabulistes antiques comme Ésope et Phèdre. Loin d’être du plagiat, cette pratique était valorisée à l’époque classique.

  • Au 17e siècle, imiter les Anciens était considéré comme un gage de qualité littéraire. Ésope a vécu entre le 7e et le 6e siècle avant JC, en Grèce. On sait peu de choses sur Ésope, ce qui est sûr, c’est que près de 500 fables sont rattachées à son nom sans que l’on sache s’il en est vraiment l’auteur. Phèdre était un fabuliste latin qui a vécu au Ie siècle après JC.
  • Les auteurs devaient respecter beaucoup de règles et de conventions littéraires.
  • La Fontaine adapte ces vieux récits au goût de son époque, les rendant plus attrayants pour son public.

La Fontaine est devenu très célèbre pour ses fables, mais la longue tradition de la fable depuis l’Antiquité a inspiré nombre d’autres fabulistes, qui remaniaient à chaque fois les fables anciennes à leur goût :

jean de la fontaine fables ésope

Ainsi, Jean de La Fontaine a choisi d’imiter Ésope et Phèdre pour plusieurs raisons importantes :

  1. Tradition classique : Au XVIIe siècle, l’imitation des Anciens était considérée comme une règle majeure de l’esthétique classique. En s’inspirant d’Ésope et Phèdre, La Fontaine s’inscrivait dans cette tradition prestigieuse.
  2. Renouvellement du genre : La Fontaine voyait l’imitation comme un stimulant pour l’invention, et non comme une contrainte. Il cherchait à « rendre nouvelles » ces fables connues en les adaptant au goût de son époque.
  3. Fondation de la fable poétique française : En s’appuyant sur ces sources antiques, La Fontaine créait un nouveau genre littéraire en français, la fable poétique.
  4. Liberté créatrice : La référence explicite à ces auteurs permettait à La Fontaine une grande liberté d’écriture, lui donnant la possibilité de transformer et d’enrichir les récits originaux.
  5. Valeur pédagogique : La fable était traditionnellement utilisée dans l’enseignement. En choisissant ces sources, La Fontaine s’inscrivait dans une tradition pédagogique tout en la renouvelant.
  6. Richesse du matériau : Les fables d’Ésope et Phèdre offraient une grande variété de récits et de morales que La Fontaine pouvait adapter et enrichir.

Finalement, le travail de la Fontaine n’est pas du simple plagiat : La Fontaine a su utiliser ces sources antiques comme un tremplin pour créer une œuvre originale, à la fois ancrée dans la tradition et novatrice dans sa forme et son style.

« Le corbeau et le renard » version Ésope

LE CORBEAU ET LE RENARD

Un corbeau, ayant volé un morceau de viande, s’était perché sur un arbre. Un renard l’aperçut, et, voulant se rendre maître de la viande, se posta devant lui et loua ses proportions élégantes et sa beauté, ajoutant que nul n’était mieux fait que lui pour être le roi des oiseaux, et qu’il le serait devenu sûrement, s’il avait de la voix. Le corbeau, voulant lui montrer que la voix non plus ne lui manquait pas, lâcha la viande et poussa de grands cris. Le renard se précipita et, saisissant le morceau, dit : « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. »

Cette fable est une leçon pour les sots.

Source : wikisource
« Le Corbeau et le Renard » version La Fontaine

LE CORBEAU ET LE RENARD

Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me sembler beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
À ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le renard s’en saisit, et dit : « Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. »
Le corbeau honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

— Jean de La Fontaine, Fables de La Fontaine, « Le Corbeau et le Renard », texte établi par Jean-Pierre Collinet, Fables, contes et nouvelles, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991.

En comparant les deux textes, on peut voir ceci :

Les fables de La Fontaine se distinguent de celles d’Ésope et de Phèdre par plusieurs éléments clés :

  • Style poétique : La Fontaine a choisi d’écrire ses fables en vers, contrairement à Ésope qui utilisait la prose. Bien que Phèdre ait également écrit en vers, La Fontaine a développé un style poétique plus élaboré et varié.
  • Richesse narrative : Les fables de La Fontaine sont généralement plus longues et plus détaillées que celles de ses prédécesseurs.
  • Ambiguïté morale : Contrairement aux fables d’Ésope et de Phèdre, qui présentaient souvent une morale claire et sans équivoque, La Fontaine joue sur l’ambiguïté pour donner plus de profondeur et de complexité à ses leçons morales.
  • Adaptation au contexte contemporain : La Fontaine a modernisé les récits anciens en les adaptant au goût et aux mœurs de son époque, les rendant plus pertinents pour son public du XVIIe siècle.
  • Personnalité des personnages : La Fontaine a donné plus de profondeur et de personnalité à ses personnages animaux, allant au-delà de simples archétypes pour créer des figures plus complexes et nuancées.
  • Critique sociale subtile : Bien que présente chez ses prédécesseurs, la critique sociale dans les fables de La Fontaine est souvent plus subtile et plus élaborée, reflétant les complexités de la société de son temps.
  • Variété métrique : La Fontaine utilise une grande variété de mètres et de rythmes poétiques, ce qui rend ses fables plus musicales et mémorables.
  • Intertextualité : La Fontaine intègre souvent des références à d’autres œuvres littéraires et à la culture classique, enrichissant ainsi la texture de ses fables.

Ces éléments combinés font des fables de La Fontaine des œuvres plus complexes, plus riches et plus adaptées à un public adulte, tout en conservant l’essence morale et didactique du genre.

📝 Quiz de compréhension
La Fontaine, Ésope et l’art de l’imitation dans les fables

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II. Réflexion sur la création littéraire

Cette approche nous invite à réfléchir sur la nature de la création artistique :

1. La création implique-t-elle nécessairement l’invention totale ?

💡 Dévoiler l’indice
Indice : Pense à la notion d’ex nihilo (créer à partir de rien). Même les plus grands inventeurs ou artistes s’appuient sur leur culture, leur vocabulaire ou les œuvres qui les ont précédés.
📝 Dévoiler un modèle de réponse
Piste de réponse : Non, l’invention totale est un mythe : toute création s’inscrit dans une continuité. Créer, c’est assembler, transformer et réinterpréter des représentations existantes. La véritable originalité réside souvent dans le regard unique ou la voix nouvelle apportée à un matériau connu.

2. Peut-on créer en retravaillant des éléments existants ?

💡 Dévoiler l’indice
Indice : Réfléchis au concept d’imitation créatrice au XVIIe siècle, ou à la musique moderne (sample, reprise, remix).
📝 Dévoiler un modèle de réponse
Piste de réponse : Absolument. C’est le principe du réagencement ou du palimpseste. En reprenant une trame ou un mythe (comme La Fontaine avec Ésope), l’artiste montre sa virtuosité par le style, le rythme, la modernisation du propos ou la profondeur psychologique apportée aux personnages.

3. Quelle est la valeur de l’intertextualité en littérature ?

💡 Dévoiler l’indice
Indice : L’intertextualité crée un « dialogue » entre les textes. Quel plaisir cela procure-t-il au lecteur qui reconnaît la référence ?
📝 Dévoiler un modèle de réponse
Piste de réponse : L’intertextualité enrichit la lecture en créant un jeu de complicité avec le lecteur cultivé. Elle permet de dialoguer avec le passé, d’hommager, d’ironiser ou de dépasser ses devanciers, donnant ainsi plusieurs niveaux de lecture à une même œuvre.

III. Pour travailler en classe sur Les fables de La Fontaine

Il peut être intéressant d’étudier avec les élèves les versions d’Ésope et Phèdre, plus concises, peut aider à mieux comprendre le travail d’adaptation de La Fontaine.

Voici une proposition d’atelier d’écriture pour aider les élèves à créer leur propre version contemporaine de la fable du corbeau et du renard :

✍️

Atelier d’écriture : Réécris la fable à ta façon !

Fais comme La Fontaine : prends la trame d’Ésope et adapte-la à ton époque. Voici un guide pas à pas pour structurer ta création.

1. Choisis la forme : Vers ou Prose ?
  • En prose Plus direct et rapide, concentre-toi sur le rythme des dialogues et l’humour du récit (façon Ésope).
  • En vers Relevé le défi poétique ! Essaie d’utiliser des rimes (AABB ou ABAB) et varie la longueur des lignes pour donner du dynamisme (façon La Fontaine).
2. Modernise le décor, le piège et les langages
  • L’objet du désir : Remplace le fromage ou la viande par quelque chose d’actuel (un smartphone, un réseau social, des sneakers de marque, un fast-food).
  • Le niveau de langue : Comment s’expriment tes personnages ? Tu peux utiliser du verlan, de l’argot urbain ou le jargon des réseaux pour créer du contraste avec le style classique.
  • La flatterie : Quels faux compliments ton renard moderne va-t-il utiliser pour piéger sa victime ?
3. Définis ta morale contemporaine

Quelle leçon veux-tu donner à tes lecteurs d’aujourd’hui ?

  • Méfiance face aux fausses apparences sur Internet (les « likes » et la notoriété virtuelle).
  • La crédulité face aux arnaques et à la manipulation.
  • La superficialité de la société de consommation.

💡 Tu peux placer ta morale au tout début (pour annoncer la couleur) ou à la toute fin (pour conclure sur une note marquante).


Marie responsable de formation

Marie

Responsable de formation / Polyglottes.org

J’ai enseigné le français pendant 20 ans et préparé des milliers d’élèves au Bac et à différents examens et concours avant de devenir responsable de formation et de gérer les formations de A à Z.

🇫🇷 Basée en France 📝 Spécialiste des examens et certifications

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