Modèle de corrigé (plan détaillé) – S. Germain, Jours de colère – Commentaire écrit Bac 2022

Voici un modèle de plan détaillé possible pour le commentaire proposé au Bac de français 2022 (métropole). Il s’agit d’un extrait de l’oeuvre Jours de colère de Sylvie Germain.

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Modèle de corrigé (plan détaillé) – S. Germain, Jours de colère – Commentaire écrit Bac 2022

Nous allons appliquer la méthode du commentaire écrit, telle que nous l’avons déjà expliquée plusieurs fois sur ce blog.

L’objectif est de dégager une problématique et des axes pour un plan détaillé.

  • Ne paniquez pas si vous n’avez pas trouvé la même chose, il n’y a absolument pas de réponse unique attendue au Bac. L’essentiel est d’avoir correctement analysé le texte et d’avoir dégagé et organisé les idées importantes.
  • Il n’est pas du tout nécessaire de connaître l’oeuvre (pratiquement aucun élève ne peut l’avoir lue !)

Méthode du commentaire – S. Germain, Jours de colère (Bac 2022)

Éléments importants

  • il s’agit d’une description / narration : elle évoque des hommes, au départ indéterminés = crée un effet d’attente
  • il n’y a pas d’action (peu de verbes d’action, beaucoup de phrases nominales, sans verbes)
  • les personnages évoqués sont qualifiés par le pronom « ils » avant une révélation à la fin de l’extrait qui nous dit qui ils sont
  • une place importante est consacrée à la description de la nature dans l’extrait : le terme « forêt » est répété plusieurs fois dans le premier paragraphe, on note aussi « sol », « granit », « source », « étangs », « fougères », « ronces », etc. Il y a à des éléments végétaux, minéraux et l’eau.
  • on note le champ lexical des sons : le terme « chant » est également répété à plusieurs reprises, « cris », « clameurs », « résonances », « stridences » « accents » et au contre l’absence de son : « sans mélodie », « silence »
  • on note le champ lexical de la nourriture : « s’étaient nourris », « fruits », « végétaux », « baies sauvages », « chair des bêtes » – « chair des bêtes » a une connotation sauvage : ces hommes sont-ils vraiment humains ?
  • on note deux émotions qui s’opposent : la colère (répété deux fois) d’un côté, la joie et l’amour de l’autre – la colère est à mettre en lien avec le titre de l’oeuvre (
  • on note le champ lexical de l’espace : « étoiles » (x2), Voie lactée, « ciel »
  • les temps principaux sont l’imparfait et le plus-que-parfait = description au passé

Compréhension du sens de l’extrait

  • le premier paragraphe mentionne qu‘ »ils » ont été façonnés par la forêt : « Ils étaient hommes des forêts. Et les forêts les avaient faits à leur image. » = dimension biblique, comme Dieu qui a fait l’Homme à son image. Cependant, ils ne semblent s’exprimer que par des chants (et non des paroles par exemple) cela évoque les oiseaux (animalisation).
  • le deuxième paragraphe montre à quel point ils sont dans leur environnement dans cette forêt et établit des correspondances entre le sol et le ciel , il y a un « écho » mais aussi une forme d’élévation vers les cieux, un certain aspect mystique, renforcé par le lieu de pèlerinage (Saint-Jacques-de-Compostelle).
  • le deuxième paragraphe donne plusieurs indices qui permet d’imaginer qu »‘ils » pourraient être des bêtes sauvages : leur nourriture, leur connaissance des sentiers…
  • le troisième paragraphe permet de s’assurer qu’il s’agit d’humains : « maison », « pauvre », « fils ».

Problématiques possibles

  • Comment cet extrait met-il en place la présentation des personnages ?
  • Comment l’auteur ménage-t-elle un effet d’attente pour présenter les personnages dans cet extrait ?
  • Comment l’ambiguïté de la description et sa progression met-elle en place un portrait inquiétant des personnages ?
  • Comment les neuf fils ont-ils été façonnés par l’environnement dans lequel ils ont grandi ? (problématique de Loïc Collot, Le Monde)

Il y en a d’autres bien sûr.

Plan détaillé possible

Problématique : Comment l’auteur ménage-t-elle un effet d’attente pour présenter les personnages dans cet extrait ?

I. Une écriture particulière présentant une atmosphère étrange

  1. Une description démarrant avec une inconnue (qui sont-« ils » ?)
  • on ne sait tout d’abord pas de qui on parle, seules indications : « ils » et « hommes »
  • il pourrait d’agir d’animaux (chants)

2. Une description au rythme rapide accordant une large place au milieu naturel

  • les phrases sont courtes et s’enchaînent rapidement
  • ce sont surtout des phrases nominales, l’absence de verbes donne accès à peu d’informations sur l’ensemble et favorise une focalisation sur la description de la nature où évoluent les hommes

II. Un portrait inquiétant des personnages

  1. Les personnages sont décrits via leur origine et leur milieu, ils pourraient être des bêtes sauvages
  • ils sont animalisés
  • il pourrait s’agir de monstres : ils sont comparés à des éléments de la nature évoquant la solidité, la dureté, des caractéristiques à peine humaines, seule la solitude les humanise
  • chants
  • champ lexical de la nourriture, leur connaissance des sentiers…

2. L’aspect mystique et l’étrangeté

  • absence de description physique mais mention d’émotions positives et négatives, la colère évoque le danger
  • ils « connaissent » : caractéristique plutôt humaine (savoir, connaître)
  • l’étrangeté naît de l’élévation vers les cieux
  • les personnages sont donc décrits sous un angle assez mystique, renforcé par le lieu de pèlerinage (Saint-Jacques-de-Compostelle)

III. La révélation finale

  1. Ce sont pourtant bien des humains
  • « maison », « pauvre », « fils », mention des parents
  • on note plusieurs adverbes exprimant l’excès (trop, très)
  • ils vivent dans la forêt comme des animaux

2. La révélation finale semble présager du reste de l’oeuvre

  • l’auteure a bel et bien ménagé un effet d’attente avant d’annoncer à la fin de l’extrait « Ils étaient les fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse ».
  • Les noms des parents sont aussi étranges que la description qui a été faite des fils. Leurs noms sont donnés sans que nous ayons eu auparavant entendu parler d’eux
  • => la description qui a été faite des personnages semble annoncer une suite tout aussi étrange, mystique voire inquiétante au sujet des enfants et de leurs parents.

Pour quel type de plan avez-vous opté ou opteriez-vous ? Dites-nous en commentaires.

13 réflexions sur “Modèle de corrigé (plan détaillé) – S. Germain, Jours de colère – Commentaire écrit Bac 2022

  1. Eh bien on dit que  » le niveau baisse », mais je trouve que tous ces élèves ont bien de la pertinence…
    Même la référence au Petit Poucet, avec le rôle de la forêt, au conte dans ses aspects maléfiques donc, à sa  » sauvagerie » ne me paraît pas saugrenue ! Ces créatures décrites par l’auteur n’ont-elles aucun rapport avec l’Ogre ?

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    1. Tout à fait d’accord, les idées proposées sont toutes plus pertinentes et créatives les unes que les autres. L’atmosphère décrite dans l’extrait inspire aisément celle des contes de fées et on ne serait pas surpris qu’il y ait un ou des ogre(s)!

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  2. Personnellement voici ma problématique : « en quoi ce texte illustre-t-il la dureté de l’Homme ? »

    Plan :

    I- portrait de la forêt
    A- une forêt fructueuse
    B- une forêt dure

    II- Portrait des hommes
    A- forêt = hommes
    B- un chant révélateur de peines
    C- La dureté des hommes

    Pour moi ce texte montrait que les hommes ont perdu leur humanité, ils sont devenus aussi dûrs que la forêt qui les a créés à son image…
    J’ai parlé du fait que les hommes étaient constamment en colère, ils n’étaient plus que ce sentiment, ils étaient dûrs…
    L’explication que j’ai trouvé à ce thème est la contextualisation historique (chute du mur de Berlin)
    En gros je dis que c’est la guerre qui a déshumanisé les hommes

    J’ouvre sur Rhinocéros de IONESCO.

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    1. Bonjour, ce plan n’est pas mal, les éléments sont biens ceux du texte. L’extrapolation sur ce qui les aurait rendus ainsi (la guerre selon vous) ne s’appuie pas vraiment sur le texte mais elle n’est pas inintéressante, cela dépend comment vous l’avez reliée au reste de l’argumentation. Dans tous les cas, comme cela s’éloigne du texte proprement dit, il vaut mieux ne pas y consacrer trop de place dans le commentaire…Tenez-nous informés de la note ! 🙂

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  3. Moi, je pense m’être totalement trompé, j’ai insinuer que ces enfants étaient morts, j’ai tracé le parallèle avec Le petit Poucet.

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    1. Les enfants ne sont pas morts en principe dans la version originale du Petit Poucet 🙂 Plus sérieusement, cela dépend vraiment des arguments que vous avez mis en avant pour appuyer vos idées, vos idées peuvent être valables. On ne peut jamais faire une lecture unique d’un texte, les examinateurs le savent.
      Le commentaire de texte, c’est subjectif, ce n’est pas comme en maths où il n’y a qu’un résultat unique possible.

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  4. J’ai fait un hors-sujet… ma problématique était en quoi dans cet extrait l’autrice renouvelle les codes du roman traditionnel
    J’ai dit dans mon premier axe que les personnages étaient différents (j’ai parlé de la nature, de leur caractère solitaire et colérique) puis dans mon 2e axe j’ai parlé de la notion de vraisemblance absente en évoquant leur éducation et leur environnement

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    1. Je ne suis pas sûre d’avoir compris ce qu’est la « vraisemblance absente » mais le reste me semble valable. Surtout que comme l’évoque Tanguy dans les commentaires plus haut, on peut connecter l’écriture de Sylvie Germain au nouveau roman et donc à la rupture avec les codes plus « traditionnels » du roman. Vos idées sont intéressantes, n’en doutez pas !

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  5. J’ai fait un hors-sujet… ma problématique était en quoi dans cet extrait l’autrice renouvelle les codes du roman traditionnel
    J’ai dit dans mon premier axe que les personnages étaient différents (j’ai parlé de la nature, de leur caractère solitaire et colérique) puis dans mon 2e axe j’ai parlé de la notion de vraisemblance absente en évoquant leur éducation et leur environnement

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  6. Moi j’ai vraiment fait n’importe quoi… J’ai interprété le texte d’une manière très métaphorique, alors j’en ai fait ma problématique. La première grande partie du plan était entièrement focalisée sur la présentation des hommes des forêts et de leur lien avec la nature. La deuxième partie était une vision métaphorique du texte, où je soulevais notamment le fait qu’on pourrait interpréter les hommes des forêts comme étant toute l’humanité (la Terre entière étant alors représentée par la forêt)… je pensais rédiger intelligemment mais là je m’attends à pas mal de points en moins pour hors-sujet !

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    1. Bonjour!
      Vos idées sont intéressantes au contraire.
      Les correcteurs sont invités à valoriser toutes les interprétations tant qu’elles sont expliquées, argumentées. Il n’y a pas une problématique ou un plan en particulier à trouver, vous avez toutes vos chances. Tenez-nous au courant de la note 🙂

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  7. Très intéressant : il me semble que j’aurai axé mon commentaire sur les liens entre ces enfants et la nature, leur dimension animale, végétale et peut-être sauvage, l’absence de noms, prénoms… et de repère temporel, ce qui pourrait amener à relier ces éléments aux critères du « nouveau roman »

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