Vous devez réaliser un commentaire linéaire sur On purge bébé de Georges Feydeau et vous cherchez des clés pour analyser cette œuvre et vous préparer au Bac de français ? Cette pièce, souvent perçue comme une simple comédie bourgeoise, cache une critique acerbe de la société, du langage et des relations humaines. Dans cette leçon, nous vous aidons à réaliser un commentaire linéaire pour le Bac de français portant sur l’oeuvre On purge bébé de Feydeau. Découvrez comment décrypter cette œuvre en profondeur et structurer un commentaire linéaire percutant, tout en comprenant les enjeux cachés derrière l’humour et l’absurde.
Temps de lecture : 11 minutes

Commentaire linéaire pour le Bac – On purge bébé, G. Feydeau
L’auteur et son oeuvre
Feydeau est un auteur français du XIXe-début XXe siècle particulièrement prolifique : il a écrit beaucoup d’oeuvres dont On purge bébé. Issu lui-même d’un milieu bourgeois, il s’amuse à caricaturer la vie bourgeoise de son époque. Ses thèmes préférés sont le couple et l’infidélité.

Extrait de On purge bébé, à commenter
Voici l’extrait à étudier. Julie et son époux, Follavoine, ont un échange tendu car Madame veut que son mari vienne l’aider à purger leur fils, mais le mari refuse. Elle a un seau qui joue un rôle dans le caractère comique de la scène.
JULIE, toujours dans la même tenue, passant brusquement la moitié du corps dans lʼentrebâillement de la porte pan coupé.
Bastien ! viens un peu !
FOLLAVOINE, tout à son problème. Sèchement, sans lever la tête. Chut !… Jʼai pas le temps !
JULIE, descendant en Scène avec son seau dans la main droite. Je te dis de venir ! Bébé ne veut pas se purger.
FOLLAVOINE, de même, relevant la tête. Eh ! bien, force-le ! Tu as assez dʼautorité… (Apercevant le seau au bras de sa femme.) Ah !…
JULIE. Quoi ?
FOLLAVOINE, se dressant et sur un ton indigné. Tu me rapportes encore ton seau !
JULIE. Je nʼai pas eu le temps dʼaller le vider. Je tʼen prie, viens ! je…
FOLLAVOINE, éclatant. Ah ! non ! non ! je lʼai assez vu celui-là !… remporte-moi ça ! remporte-moi ça !
JULIE. Oui ! bon !… Je tʼen prie ; il y a Bébé qui…
FOLLAVOINE. Allez ! Allez ! remporte-moi ça !
JULIE. Mais je te répète…
FOLLAVOINE. Je mʼen fiche, remporte-moi ça !
JULIE. Mais je…
FOLLAVOINE. Remporte-moi ça ! remporte-moi ça !
JULIE, se rebiffant et descendant déposer son seau au milieu de la Scène. Ah ! Et puis tu mʼennuies à la fin, avec mon seau !
FOLLAVOINE, ahuri. Quoi ?
JULIE, devant le canapé. « Remporte-moi ça ! Remporte-moi ça ! » Je ne suis pas ta domestique !
FOLLAVOINE, nʼen croyant pas ses oreilles. Quʼest-ce que tu dis !
JULIE. Cʼest vrai ça ! Cʼest toujours moi qui fais tout ici ! Il te gêne, mon seau ? Eh bien, tu nʼas quʼà le remporter.
FOLLAVOINE. Moi !
JULIE. Je lʼai bien apporté, tu peux bien le rapporter à ton tour.
FOLLAVOINE, descendant vers Julie. Mais, sacristi ! ce sont tes eaux sales, ce ne sont pas les miennes ! JULIE, passant devant lui. Oui ?… Eh ! bien, je te les donne ! Tu nʼas donc plus de scrupules à avoir !
Elle sesquive en remontant par le milieu de la Scène, vers sa chambre.
FOLLAVOINE, courant après sa femme et sʼefforçant de la rattraper par le pan de son peignoir. Julie !… Julie ! tu nʼes pas folle !
JULIE. Je te les donne, je te dis ! Je te les donne Elle disparaît dans sa chambre.
FOLLAVOINE, sur le pas de la porte parlant par lʼentrebâillement. Julie ! Veux-tu remporter ça !… Julie !
Commentaire linéaire
Voici le commentaire linéaire que nous proposons pour cet extrait de la pièce de Feydeau. Ce commentaire est approprié pour l’oral du Bac de français.
- une didascalie est une indication donnée pour les acteurs au théâtre, que les acteurs ne disent pas à l’oral. Quand on réalise un commentaire, on analyse soigneusement les didascalies.
- un vaudeville est une pièce de théâtre qui cherche à faire rire les spectateurs. Il y a souvent beaucoup de rebondissements et le thème de l’adultère est très fréquent.
- un quiproquo est un malentendu. Ils sont fréquents au théâtre.
- scatologique : qui a un rapport avec avec les selles 💩
- se rebiffer : refuser de se laisser faire
INTRODUCTION
Georges Feydeau (1862-1921) était un dramaturge français renommé pour ses comédies de vaudeville, qui mettent en scène des situations burlesques et des quiproquos hilarants souvent liés à l’infidélité et aux malentendus. Feydeau a eu un impact durable sur la comédie théâtrale grâce à son art du vaudeville, caractérisé par des intrigues farfelues et des rebondissements rapides. Il écrit l’œuvre On purge bébé en 1910, oeuvre qui porte sur une mère inquiète car son fils n’est pas allé aux toilettes et dont l’inquiétude dégénère en dispute de couple.
Nous pouvons nous demander comment cette scène montre une dispute de couple où le dialogue ne fonctionne pas, ce qui lui donne une dimension comique. Nous verrons dans un premier temps comment la femme arrive dans le bureau avec une demande que le mari n”coute pas puis dans un 2nd temps, comment la dispute dégénère pour un motif comique.
MOUVEMENT 1 : La femme arrive avec une demande que le mari n’écoute pas
Julie se présente devant son mari, elle se glisse dans la porte à peine ouverte comme nous l’indique la didascalie : “toujours dans la même tenue, passant brusquement la moitié du corps dans l’entrebâillement de la porte pan coupé.
Elle apostrophe son mari en l’appelant par son prénom puis elle lui intime l’ordre de venir.
Sa réplique est courte et les points d’exclamation démontrent son énervement ou sa hâte.
La didascalie suivante montre que son mari n’est pas dans de bonnes dispositions.Il répond sèchement sans regarder sa femme “tout à son problème. Sèchement, sans lever la tête”. Il lui répond par une onomatopée “Chut !…” et indique qu’il n’a pas le temps.
La femme insiste et elle se dirige vers son mari avec un pot de chambre dans la main droite. Cette indication est donnée par la didascalie.
Elle répète à son mari avec insistance “Je te dis de venir !”et explique la raison pour laquelle elle a besoin de lui “ bébé ne veut pas se purger.” On comprend qu’elle a besoin de l’aide de son mari pour une cause médicale qui concerne leur enfant. La dispute a donc un motif scatologique, la femme veut que le mari s’implique dans le fait de l’aider à administrer un purgatif à leur fils pour qu’il fasse ses besoins. Cela donne à la dispute un caractère comique, il est inhabituel de se disputer pour une telle raison.
Le mari la regarde cette fois et lui répond en colère en lui donnant également un ordre : “Eh ! bien, force-le !” Tu as assez d’autorité…”
Follavoine refuse d’aider sa femme et fait preuve de mauvaise volonté.
La vision du pot de chambre provoque une exclamation “ Ah !…”, à laquelle Julie réplique immédiatement par une question courte “Quoi?”.
Follavoine est piqué à vif, il n’est pas intéressé par la demande de sa femme, en revanche, il est indigné par la vision du pot de chambre, il “se redresse”. Il s’exclame “Tu me rapportes encore ton seau !”
L’adverbe “encore” signifie que Julie s’est déjà présentée avec ce pot. Le mari éprouve du dégoût à la vision du seau transporté par sa femme jusque dans son bureau où il gère ses affaires et il attend un client important. Il est par ailleurs complètement sourd à la demande de sa femme.
Une négation employée par Julie mais cette dernière se fait couper la parole par son mari.
Notons un réemploi de l’expression “Ah” par Follavoine avec une répétition deux fois du “non!”, signifiant son refus catégorique d’aller aider Julie, renforcé par une répétition de la phrase “remporte moi ça”.
Julie tente de convaincre à nouveau son mari, mais elle est à nouveau interrompue. Son mari n’écoute pas et lui demande de partir : on note une répétition de l’impératif “Allez”.
A la tentative suivante de Julie de convaincre Follavoine, ce dernier emploie un langage grossier : “je m’en fiche”. Il n’est pas intéressé par ce qu’il se passe.
Soudain, la didascalie montre un changement d’attitude de Julie : « se rebiffant et descendant déposer son seau au milieu de la Scène. » Ainsi, le seau prend le pas sur le motif pour lequel Julie est venue chercher son mari. C’est le seau qui cristallise la dispute entre époux qui semblent se disputer comme des enfants. Cela donne le point de départ du deuxième mouvement.
MOUVEMENT 2 : la femme se rebiffe et la dispute se cristallise autour d’un motif scatologique, ridicule, comique
Ainsi, la didascalie “Julie se rebiffant et descendant déposer son seau au milieu de la Scène” indique un changement de situation : à partir de ce moment la femme se révolte en fait des reproches à son mari. Elle n’est plus dans une attitude passive.
La dispute prend un autre tournant.
“Ah ! Et puis tu mʼennuies à la fin, avec mon seau !” montre que Julie perd son attitude suppliante, elle s’exclame et n’accepte plus de remarques sur le seau de chambre qu’elle transporte.
La didascalie suivante montre la surprise du mari face à cette attitude : il est “ahuri”. Il ne s’y attendait pas.
Elle se met ensuite à l’imiter (“« Remporte-moi ça ! Remporte-moi ça ! » et remet en cause son autorité en disant “je ne suis pas ta domestique”. Les exclamations qui s’enchaînent montrent le niveau de sa colère.
La didascalie indique la surprise de Follavoine qui est abasourdi par ce retournement de situation brutal (“nʼen croyant pas ses oreilles.)”. L’attitude se sa femme semble être nouvelle, il s’eclame “Quʼest-ce que tu dis !”
La dispute prend de l’ampleur. Julie se rebelle contre les tâches domestiques qu’elle doit assumer seule “Cʼest vrai ça ! Cʼest toujours moi qui fais tout ici !”
Julie lui dit de remporter le seau lui même, lui demandant ainsi de contribuer aux tâches domestiques, ce qui est bien novateur pour l’époque surtout qu’il s’agit d’une famille bourgeoise.
En effet, le motif de départ de la discussion est que Julie demandait à son mari de venir l’aider à purger leur fils, surnommé “bébé” qui est constipé. C’est le refus catégorique de Follavoine ajouté à son dégout du seau qu’elle transporte qui mettent sa femme en colère.
Le mari décontenancé essaie en vain de faire revenir son autorité en criant “Moi!” Il refuse de toucher le seau au motif que ce sont les eaux sales de sa femme et donc c’est à elle de s’en débarrasser.
Julie va plus loin encore, elle ne veut plus toucher au seau et dit à son mari qu’elle lui donne ses eaux sales.
Nous sommes donc face à un deuxième accrochage entre les époux sur un motif scatologique.
Julie finit par s’en aller de la scène.
Les émotions de Follavoine vont brusquement passer de la colère au désespoir il veut empêcher sa femme de partir…sans son seau !
Il crie son prénom en attendant désespérément qu’elle change d’avis et qu’elle vienne chercher son seau car lui refuse de la toucher.
Conclusion
La scène nous montre une dispute de couple bourgeois où la femme attend du mari qu’il l’aide à administrer un purgatif à leur enfant, et celui-ci fait la sourde oreille. La femme “tourne autour du pot”, elle ne dit pas le mot “constipation” et le problème qui l’inquiète est toujours sous-entendu.
Le théâtre de Feydeau dépasse le simple cadre bourgeois. Avec une écriture mordante, il révèle la folie cachée derrière les apparences et remet en question des piliers de la société comme le mariage, le couple, l’éducation ou encore l’argent. Dans On purge bébé, le corps, souvent ignoré ou humilié, est au centre. La pièce parle d’un problème de transit intestinal, symbole d’un blocage plus profond. En évoquant le 💩, Feydeau met en lumière une vérité universelle souvent cachée.
Cette comédie montre des personnages qui parlent sans écouter, chacun enfermé dans son propre monde. Le dialogue devient impossible, reflétant l’absurdité des relations humaines.
On peut mettre en lien cette œuvre avec Juste la fin du monde. Il s’agit ici aussi de crise familiale et la communication impossible. Cependant, la crise est ici comique. De plus, cette œuvre se rapproche également de Gargantua, pour son comique basé sur la scatologie et l’intention plus profonde derrière le rire qui est de nous faire réfléchir.
Pour approfondir
Cette pièce de théâtre est difficile à apprécier quand on la découvre seulement via l’extrait étudié, nous vous recommandons vivement de regarder la pièce de théâtre en entier. Elle est très amusante et permet de mieux voir la dynamique entre les personnages et de comprendre ce qu’est un vaudeville.
La version avec Galabru qui joie le rôle de Follavoine est superbe, regardez-la :
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