La Fontaine a-t-il copié Ésope pour créer ses fables ?

La Fontaine admet sans aucune « honte » avoir pris son inspiration chez des auteurs de l’Antiquité, qui avaient déjà eu l’idée des fables. Mais alors, a-t-il simplement plagié Ésope ? C’est ce que nous verrons dans ce billet.

La Fontaine a-t-il copié Ésope pour créer ses fables ?

les fables de la fontaine
Les fables de La Fontaine : copiées d’Ésope ?

L’imitation créative de La Fontaine

  • Au 17e siècle, imiter les Anciens était considéré comme un gage de qualité littéraire. Ésope a vécu entre le 7e et le 6e siècle avant JC, en Grèce. On sait peu de choses sur Ésope, ce qui est sûr, c’est que près de 500 fables sont rattachées à son nom sans que l’on sache s’il en est vraiment l’auteur. Phèdre était un fabuliste latin qui a vécu au Ie siècle après JC.
  • Les auteurs devaient respecter beaucoup de règles et de conventions littéraires.
  • La Fontaine adapte ces vieux récits au goût de son époque, les rendant plus attrayants pour son public.

La Fontaine est devenu très célèbre pour ses fables, mais la longue tradition de la fable depuis l’Antiquité a inspiré nombre d’autres fabulistes, qui remaniaient à chaque fois les fables ancienne à leur goût :

jean de la fontaine fables ésope

Ainsi, Jean de La Fontaine a choisi d’imiter Ésope et Phèdre pour plusieurs raisons importantes :

  1. Tradition classique : Au XVIIe siècle, l’imitation des Anciens était considérée comme une règle majeure de l’esthétique classique. En s’inspirant d’Ésope et Phèdre, La Fontaine s’inscrivait dans cette tradition prestigieuse.
  2. Renouvellement du genre : La Fontaine voyait l’imitation comme un stimulant pour l’invention, et non comme une contrainte. Il cherchait à « rendre nouvelles » ces fables connues en les adaptant au goût de son époque.
  3. Fondation de la fable poétique française : En s’appuyant sur ces sources antiques, La Fontaine créait un nouveau genre littéraire en français, la fable poétique.
  4. Liberté créatrice : La référence explicite à ces auteurs permettait à La Fontaine une grande liberté d’écriture, lui donnant la possibilité de transformer et d’enrichir les récits originaux.
  5. Valeur pédagogique : La fable était traditionnellement utilisée dans l’enseignement. En choisissant ces sources, La Fontaine s’inscrivait dans une tradition pédagogique tout en la renouvelant.
  6. Richesse du matériau : Les fables d’Ésope et Phèdre offraient une grande variété de récits et de morales que La Fontaine pouvait adapter et enrichir

Finalement, le travail de la Fontaine n’est pas du simple plagiat : La Fontaine a su utiliser ces sources antiques comme un tremplin pour créer une œuvre originale, à la fois ancrée dans la tradition et novatrice dans sa forme et son style.

LE CORBEAU ET LE RENARD

Un corbeau, ayant volé un morceau de viande, s’était perché sur un arbre. Un renard l’aperçut, et, voulant se rendre maître de la viande, se posta devant lui et loua ses proportions élégantes et sa beauté, ajoutant que nul n’était mieux fait que lui pour être le roi des oiseaux, et qu’il le serait devenu sûrement, s’il avait de la voix. Le corbeau, voulant lui montrer que la voix non plus ne lui manquait pas, lâcha la viande et poussa de grands cris. Le renard se précipita et, saisissant le morceau, dit : « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. »

Cette fable est une leçon pour les sots.

Source : wikisource

Comparez cette version avec celle de La Fontaine ici.

En comparant, on peut voir ceci :

  • Style poétique : La Fontaine a choisi d’écrire ses fables en vers, contrairement à Ésope qui utilisait la prose. Bien que Phèdre ait également écrit en vers, La Fontaine a développé un style poétique plus élaboré et varié.

  • Richesse narrative : Les fables de La Fontaine sont généralement plus longues et plus détaillées que celles de ses prédécesseurs.

  • Ambiguïté morale : Contrairement aux fables d’Ésope et de Phèdre, qui présentaient souvent une morale claire et sans équivoque, La Fontaine joue sur l’ambiguïté pour donner plus de profondeur et de complexité à ses leçons morales.

  • Adaptation au contexte contemporain : La Fontaine a modernisé les récits anciens en les adaptant au goût et aux mœurs de son époque, les rendant plus pertinents pour son public du XVIIe siècle.

  • Personnalité des personnages : La Fontaine a donné plus de profondeur et de personnalité à ses personnages animaux, allant au-delà de simples archétypes pour créer des figures plus complexes et nuancées.

  • Critique sociale subtile : Bien que présente chez ses prédécesseurs, la critique sociale dans les fables de La Fontaine est souvent plus subtile et plus élaborée, reflétant les complexités de la société de son temps.

  • Variété métrique : La Fontaine utilise une grande variété de mètres et de rythmes poétiques, ce qui rend ses fables plus musicales et mémorables.

  • Intertextualité : La Fontaine intègre souvent des références à d’autres œuvres littéraires et à la culture classique, enrichissant ainsi la texture de ses fables.

Ces éléments combinés font des fables de La Fontaine des œuvres plus complexes, plus riches et plus adaptées à un public adulte, tout en conservant l’essence morale et didactique du genre (= didactique c’est ce qui a pour but d’enseigner).

Cette approche nous invite à réfléchir sur la nature de la création artistique :

  • La création implique-t-elle nécessairement l’invention totale ?
  • Peut-on créer en retravaillant des éléments existants ?
  • Quelle est la valeur de l’intertextualité en littérature ?

Il peut être intéressant d’étudier avec les élèves les versions d’Ésope et Phèdre, plus concises, peut aider à mieux comprendre le travail d’adaptation de La Fontaine.

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