Commentaire linéaire « Zone » Alcools (1913) Bac de français

Nous vous proposons un commentaire linéaire pour le le début du poème « Zone » d’Apollinaire (recueil Alcools). Découvrez le poème, l’un des plus connus de son auteur, et le commentaire linéaire correspondant entièrement rédigé.

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Commentaire linéaire « Zone » Alcools (1913)

« Zone » Alcools (1913)

POÈME ZONE APOLLINAIRE

Commentaire linéaire du poème Zone

Introduction

📖

Publié en 1912, « Zone » d’Apollinaire s’impose comme un texte fondamentalement novateur : il bouscule les codes par ses thèmes urbains, sa longueur inusitée et son écriture audacieuse mêlant présent et souvenirs.

Problématique

« En quoi ce poème est-il moderne et novateur ? »

Premier mouvement : vers 1 à 10 – L’opposition entre l’ancien et le moderne :

Une volonté de renouvellement

– Le poème commence par un vers qui est une véritable provocation. En effet, il discrédite le « monde ancien » et en même temps compose ce vers de la façon la plus traditionnelle si on le considère comme un alexandrin avec diérèse : « A/ la/ fin/ tu/ es/ las// de/ ce/ mon/de an/ci/en/ ». Ce premier vers crée aussi un effet de surprise (image choc) dans la mesure où ses premiers mots (et donc les premiers du recueil) sont « A la fin ».

– Surprise et provocation renforcées par l’isolement des trois premiers vers, attirant notre attention sur l’irrégularité du poème, dont les strophes et les vers sont libres (vers 2 et 3 très longs : 16 et 17 syllabes) et où les rimes se mêlent à des assonances (« Christianisme/Pie X » v.7-8 ; « graphes/passent » v.17-18)

– Les deux premiers vers expriment le sentiment que l’on est sur le point de voir apparaître un nouveau monde ; l’expression « le matin » au v.2 insiste sur cette volonté de renouvellement. Le vers 2 loue la modernité architecturale des « ponts » et de la « Tour Eiffel », pourtant décriée par certains. Au contraire, Apollinaire associe modernité et beauté, il rend la modernité poétique par la personnification de la « bergère » et la métaphore du « troupeau » qui « bêle » (les arches des ponts s’arrondissent au-dessus du fleuve en dos de moutons). Ces images font aussi de la Tour Eiffel un monument central, une gardienne de la ville (« bergère ») dont on perçoit le fourmillement et la vitalité, la vivacité visible et sonore (« troupeau » et « bêle » pour la quantité et le bruit des péniches ou des habitants de la ville en général) qui sont celles de la modernité.

– Ce qui importe n’est pas uniquement le modernisme de ces architectures urbaines ou des engins mécaniques, mais également le fait que peintres et poètes les mettent au centre de leurs œuvres. Peinture et poésie font place aux objets de la technique et de l’industrie et ceci est un phénomène nouveau au début du XXème siècle.

Le rejet des valeurs passées

– Au vers 3 « Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine », le poète rejette tout un passé associé au monde grec et romain ; opposition architecturale (il lui oppose la Tour Eiffel au vers 2) et culturelle (l’Antiquité est une référence, un socle de la culture française, en particulier la littérature).

– Au vers 4 Apollinaire va même jusqu’à accuser « les automobiles » pourtant à la pointe de la technologie de l’époque, d’avoir « l’air d’être anciennes » elles aussi.  Pourquoi ? On peut distinguer la supériorité de l’aviation sur l’automobile qui n’a qu’une vocation utilitaire : l’aviation est, en ce début de siècle, un sport et comprend une dimension ludique. Aussi, le poète est provocateur et veut un progrès technique absolu, jusqu’à exagérer…

Un éloge paradoxal de la modernité à travers la religion

– La réflexion sur la modernité renvoie au passé, en particulier à la religion qui a un statut paradoxal dans ce poème. Elle est à la fois signe du passé mais aussi ce qu’il y a de plus moderne : « La religion seule est restée toute neuve la religion ». Vers 5 encadré par le mot « religion » ; vers symétrique et assonance « neuve/seule » ; renforcement par l’adverbe « toute » ; pivot central du vers = « est restée ». Donne l’impression d’une religion immuablement neuve.

– Au v.6 « Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation », l’image devient saugrenue en comparant la religion à l’aviation. Modernisme extrême ? Modernité associée à la « simplicité » = spontanéité, naturel.


– Aux v.7-8 Apollinaire poursuit sa description d’un christianisme toujours jeune. Il apostrophe le Pape comme s’il en était proche. Il fait une antithèse entre les adjectifs « antique » (rappelant le vers 3 et renforcé par le « ô » lyrique propre à une poésie ancienne) et « moderne ». La référence au Pape Pie X ne manque pas de surprendre, ayant été l’un des papes les plus rétrogrades de l’histoire. Cependant, le poète évoque sans doute la bénédiction donnée par le Pape Pie X à Beaumont, vainqueur des courses aériennes Paris-Rome et Paris-Bruxelles-Londres parties de l’aérodrome de Port-Aviation, mentionné au vers 6. Le Pape est moderne dans la mesure où il reconnaît dans l’aviation une nouveauté réalisée par l’humanité.

– La réflexion sur la modernité ne correspond donc pas à un retour à la religion, mais salue une pensée capable de formuler la nouveauté, de reconnaître son accomplissement, et de désigner la puissance de l’homme à se dépasser. C’est ce pouvoir créateur qui divinise l’homme. L’aviateur, le Christ, l’Eglise catholique sont ainsi des figures du poète car leurs actes et leurs discours ont trait à la création ou à la reconnaissance de la nouveauté. 

Cependant cette modernité à laquelle le poète aspire ne peut encore se réaliser, parce qu’elle est gênée par…

Le poids des souvenirs

– En effet, dans les vers 9 et 10 le poète fait part de ses remords : « la honte te retient ». Le poète fait allusion à un passé trop lourd dont il ne parvient pas à se détacher. Les deux vers renvoient à l’idée de péché : « honte », « église », « confesser ». La personnification des « fenêtres » renforce la culpabilité comme si tout le monde la voyait. Il veut rejeter ce qui est « périmé » dans sa vie, et repartir sur un nouvel élan. Le CCT « le matin » illustre le désir de renouveau. L’église, comme la religion évoquée précédemment, peut être le lieu du renouveau. 

– Le poète a du mal à parler de lui. Dans certains vers (1-3-9-10), il est question de lui à la deuxième personne du singulier, alors qu’au vers 15 le « je » réapparaît. Il semble qu’il réapparaisse lorsque le poète n’essaie plus de parler de ses sentiments (trop délicat) mais se contente d’observer le monde (regard neutre). Cette juxtaposition des points de vue a aussi une dimension cubiste, toute comme la superposition du présent et du passé auquel il pense. Quoi qu’il en soit, il semble que le désir d’un monde nouveau soit plus puissant que le poids du passé.

Deuxième mouvement : vers 11 à 14 – Célébration des nouveaux modes d’expression écrite :

– Vers 11-12 « les prospectus les catalogues les affiches » sont définis comme les nouvelles formes d’expression poétique : « voilà la poésie ». La nouveauté se trouve dans le fait que désormais la poésie s’exprime dans la publicité. 

La description des nouveaux modes d’expression écrite se fait dans un style prosaïque : « voilà » v.12 ; « il y a » v.12 et 13.  Le ton volontairement simpliste est conforme lui aussi à l’annonce d’un art novateur.

– La poésie est également évoquée par une métaphore « chantent tout haut ». L’image se fonde sur un mélange des perceptions visuelles (les couleurs vives ou les mots en gras sur les affiches) et des perceptions auditives (ces couleurs sont si éclatantes qu’elles semblent « chanter »). Le poète est sensible à la modernité du nouveau contexte urbain dans lequel il déambule. C’est là encore une façon de créer une nouvelle ivresse poétique à travers l’ivresse des sens comme le suggère la synesthésie ou correspondance (association poétique de divers sens).

– Le poète cherche un renouvellement aussi dans l’écriture. Il crée une esthétique nouvelle comme le montrent les ruptures et les surprises dans l’écriture. Absence de ponctuation : l’écriture moderne d’Apollinaire a recours à la juxtaposition, à l’énumération et laisse au lecteur la charge de construire le sens par les rapports. 

– Un deuxième type d’expression écrite est évoqué aux v. 13-14 « les livraisons à 25 centimes… » « mille titres divers » qui désignent cette fois « la prose » v.12. Ce sont les journaux, les parutions dites à scandale « pleines d’aventures policières ». Apollinaire y marque son goût pour des écrits ouverts sur l’infinie diversité du monde : termes de quantité « mille », « divers », « pleines ».On note dans cet éloge de la presse la référence à l’argent « 25 centimes ». Ce qui est intéressant, c’est que ceci est valorisé par le poète alors que d’ordinaire on considère l’argent comme très prosaïque. Cela montre aussi l’accessibilité de ces plaisirs. 

– Les « prospectus les catalogues les affiches » sont salués pour leur chant, les journaux et les bandes dessinées pour leur valeur affabulatrice (conte). Bref, ce n’est pas la fonction informative qui est célébrée mais la fonction poétique, c’est à dire créatrice. Le moderne résulte donc de la capacité du poète à saisir « le lyrisme ambiant » dans une pluralité de faits quotidiens ou symboliques (journaux, BD, affiches…). 

Troisième mouvement : vers 15 à 24 – Un hommage à la ville moderne dans un style nouveau. 

– Par son titre « Zone » le poème évoque un contexte urbain et industriel. En général le terme possède une connotation négative désignant un lieu aux contours mal définis, sale, inesthétique. Ici, il est positif, élégant, lumineux comme on le voit avec l’adjectif v. 15 « une jolie rue », auquel on renvoie les adjs coordonnés « neuve et propre » v.16, l’adj « belles » et le nom « grâce » v.23. La métaphore du « clairon » associée au soleil v.16 évoque la luminosité, la vivacité, l’éveil, le renouveau. 

– Cette rue « neuve », « dont j’ai oublié le nom », n’est pas située dans d’anciens quartiers élégants au passé historique chargé mais dans un quartier industriel récent. [v.24 « l’avenue des Ternes » se trouve à l’extrême ouest de Paris, presque en banlieue]. 

– Le désordre des mots vers 16 et 18 mime celui de la ville et renouvelle l’écriture poétique, libre et spontanée.

– La ville devient moderne dans son activité industrielle et tertiaire v.17-18 et son charme tient dans le va et vient régulier d’une population active. On note l’énumération exacte des passages selon les heures et les jours par des CCT nombreux vers 17 à 20. La régularité du vers en renforce l’effet. Apollinaire prend également plaisir à énumérer les activités humaines modernes : « Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes ». Elles représentent la vitalité, le dynamisme du quotidien.

– Ce dynamisme mêle encore les sensations visuelles (énumérations de supports visuels vers 21-22, comparaison aux « perroquets » pour le mélange vif de couleurs, verbe « criaillent » avec suffixe faisant penser à des couleurs « criardes ») et auditives (personnification « la sirène y gémit » v.21, métaphore de la « cloche » qui « aboie » pour les bruits forts, violents). On retrouve les correspondances ou synesthésies pour évoquer la vitalité urbaine.

– L’art de l’inattendu et de la surprise se voit dans la polysémie ou les jeux de mots : métaphores étonnantes du « clairon » ou de la « cloche rageuse » qui « aboie » ; « Le matin par trois fois la sirène y gémit » v. 20 : la sirène est à la fois une machine et un être vivant, on pense aussi aux sirènes de l’Odyssée d’Homère, qui renvoie à l’imaginaire. Surprises lexicales comme avec le nom « sténo-dactylographe » ou « rue industrielle », peu courants en poésie.

– « Zone « signifie aussi « zoner » : déambulation simultanée dans l’espace et dans le temps. On établirait dans le poème une durée du « matin » (vers 2) à l’aube (vers 144-146-155 soleil levant), pendant laquelle, dans un lieu référentiel, Paris, sont donnés à voir et à entendre des spectacles ordinaires et prosaïques.

Conclusion :

Le poète fait part dans ce premier poème de ses désillusions. L’art est vieux, la vie errante est difficile à supporter, l’amour est décevant et l’enfance est perdue à tout jamais. C’est pourquoi le poète cherche un renouvellement, une transformation, un « alcool » qui provoquera une ivresse nouvelle et redonnera l’émerveillement de la vie. C’est à la poésie d’explorer ces nouveautés. Le recueil Alcools apparaît comme l’objet de cette quête.

 

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3 réflexions sur “Commentaire linéaire « Zone » Alcools (1913) Bac de français

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