Le livre d’occasion est un marché en pleine expansion en France. On peut voir cela comme signe encourageant démontrant l’intérêt des Français pour la lecture, mais les éditeurs ne voient pas les choses sous cet angle. Nous vous proposons de travailler ou de faire travailler vos élèves sur une tâche de production écrite portant sur le livre d’occasion. Cet exercice peut vous aider à vous entraîner à la section de production écrite pour le TCF (test de connaissance du français) notamment.

Le livre d’occasion : tâche de production écrite en français
Le TCF comprend une section de production écrite qui se décompose en 3 tâches de longueur et de niveau de difficulté progressives.

Consigne : Lisez les deux textes suivants, analysez les éléments chiffrés et les arguments qu’ils présentent puis résumez les positions présentées. Ensuite, dans un second temps, donnez votre avis sur le sujet. Votre production écrite doit faire environ 180 mots.
Texte 1 : Le livre d’occasion, une menace pour la création littéraire
Alors que le marché du livre neuf montre des signes de ralentissement, le livre d’occasion connaît une croissance spectaculaire en France. Si cette tendance semble a priori positive pour l’accès à la lecture, elle masque des conséquences préoccupantes pour les auteurs, les éditeurs et l’ensemble de la chaîne du livre.
D’après une étude conjointe publiée en 2023 par le ministère de la Culture et la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit (Sofia), 9 millions de Français ont acheté des livres d’occasion en 2022, soit 34 % des acheteurs de livres, un chiffre en progression de 11 % en cinq ans. Le marché de l’occasion représente désormais 80 millions d’exemplaires vendus, soit 20 % du marché en volume (+38 % en cinq ans), pour un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros (+49 % sur la même période) (source : Sofia et Ministère de la Culture, 2023).
Cette croissance fulgurante se fait au détriment direct du livre neuf : les ventes de livres neufs ont chuté de 7,7 % en 2022 et encore de 2 % en 2023, selon le Syndicat national de l’édition (SNE) (source : SNE, 2024). En parallèle, les auteurs et les éditeurs ne perçoivent aucun droit d’auteur sur la revente d’un ouvrage d’occasion, contrairement au marché du livre neuf où une part du prix est reversée aux créateurs. Une injustice structurelle qui pose la question de la durabilité du système.
Le secteur le plus touché est la littérature :
- 1 roman contemporain sur 4 est désormais acheté d’occasion,
- 1 roman policier sur 2,
- 1 roman de fantasy ou sentimental sur 3,
- 1 roman jeunesse ou ado sur 4.
Or, les plateformes de revente en ligne, telles qu’Amazon, Rakuten ou Momox, tirent un large bénéfice de ce système, sans contribution équitable à la filière du livre. En quelques clics, un lecteur peut acheter un livre à moitié prix, avec une expérience utilisateur quasi équivalente à celle d’un achat neuf. Résultat : les principes de la loi Lang sur le prix unique du livre (1981), censés garantir l’équité entre les points de vente et protéger la diversité éditoriale, sont contournés de fait (source : loi Lang, Légifrance).
Face à cette situation, les acteurs du monde du livre appellent à une réforme équilibrée, permettant de reconnaître les droits des auteurs et de préserver la création. Parmi les pistes évoquées : une contribution solidaire sur les ventes d’occasion ou un encadrement plus strict de la commercialisation des livres revendus en ligne.
Comme le souligne l’éditeur Olivier Nora « une œuvre de l’esprit continue à générer des profits pour une chaîne de revente sans rien rapporter à son créateur ». Une réalité qui, à terme, pourrait fragiliser gravement la création littéraire et l’écosystème culturel français.
Texte 2 : Vers une contribution sur le marché du livre d’occasion ? Une réflexion collective urgente
Face à l’essor fulgurant du marché du livre d’occasion, le président de la République Emmanuel Macron a exprimé son souhait d’instaurer une « contribution » sur ce secteur pour compenser les pertes subies par les auteurs et les éditeurs. Une idée relayée également par la ministre de la Culture Rachida Dati, qui appelle à une réflexion rapide et collective sur le sujet.
Dans une déclaration récente, un représentant de la filière résume l’enjeu :
« Ce que dit le chef de l’État et ce qu’a dit aussi la ministre de la Culture nous incitent à réfléchir tous ensemble, mais rapidement, à ce qui pourrait être une solution, effectivement, pour venir compenser ces pertes de revenus, cette perte de valeur pour les auteurs et les éditeurs. »
Le secteur de l’édition est déjà fragilisé par des marges très faibles et une baisse des ventes de livres neufs (–7,7 % en 2022, –2 % en 2023 selon le Syndicat national de l’édition) (source : SNE, 2024). Le développement de la revente en ligne, notamment via des plateformes comme Rakuten, Momox ou Amazon, amplifie cette pression économique.
L’idée d’une compensation financière, voire d’une forme de taxe, refait donc surface. Toutefois, les acteurs du livre se veulent prudents.
Ce processus de concertation s’inscrit dans une tradition française. Un précédent exemplaire : la rémunération au titre du prêt en bibliothèque, instaurée par la loi du 18 juin 2003, suite à un accord conclu entre l’État, les éditeurs, les auteurs, les bibliothèques et les collectivités locales. Ce mécanisme permet aujourd’hui de compenser les pertes de revenus liées à des livres achetés une seule fois mais prêtés de nombreuses fois (source : SOFIA, 2023).
Cette solution n’a ni freiné le développement de la lecture publique ni entravé la diffusion commerciale du livre. C’est précisément ce type de modèle équitable et innovant que le secteur du livre espère aujourd’hui transposer à la revente d’occasion.
Modèle de réponse
Voici des indications pour réaliser cette tâche de production écrite et vous préparer au TCF.
Afin de comparer les deux textes, dressons un tableau comparatif des idées principales présentées dans les deux textes:
| Thèmes | Texte 1 : Le livre d’occasion, une menace pour la création littéraire | Texte 2 : Vers une contribution sur le marché du livre d’occasion ? |
|---|---|---|
| Constat de départ | Forte croissance du marché de l’occasion : +49 % de chiffre d’affaires en 5 ans ; menace pour le livre neuf et pour la création littéraire. | Même constat : croissance du marché de l’occasion, baisse du livre neuf ; inquiétudes pour la chaîne du livre. |
| Chiffres clés | – 9 millions d’acheteurs d’occasion en 2022- 20 % du marché en volume- –7,7 % de ventes neuves en 2022, –2 % en 2023 (SNE)- 350 millions € de CA pour l’occasion | Reprise des mêmes données : –7,7 % en 2022 et –2 % en 2023 (SNE). Pas d’autres chiffres spécifiques cités. |
| Impact sur les auteurs et éditeurs | Aucun droit d’auteur perçu sur les livres d’occasion ; sentiment d’injustice ; menace pour la viabilité du secteur littéraire. | Reconnue également : pertes de revenus, secteur déjà fragilisé ; nécessité de trouver un mécanisme de compensation. |
| Acteurs mis en cause | Plateformes comme Rakuten, Momox, Amazon profitent du système sans redistribuer ; contournement de la loi Lang sur le prix unique du livre. | Mêmes plateformes mentionnées, identifiées comme amplifiant la pression sur l’économie du livre. |
| Solutions évoquées | – Contribution solidaire- Encadrement de la revente en ligne- Réforme du cadre légal | – Concertation nationale- Exemple du prêt en bibliothèque comme modèle- Possibilité d’une taxe ou d’une rémunération inspirée du dispositif Sofia |
| Approche préconisée | Ton alarmant, appel à une réforme urgente et équitable pour préserver la création. | Appel à une réflexion collective, rapide mais prudente, en réunissant tous les acteurs de la chaîne du livre. |
| Référence à un précédent inspirant | Non mentionné. | Référence au système de rémunération pour le prêt en bibliothèque (loi de 2003) comme exemple de solution équilibrée et déjà en place. |
| Vision sur l’accès à la lecture | La revente d’occasion est vue comme un risque pour la diversité et la pérennité de l’offre littéraire. | Le prêt en bibliothèque a montré qu’une solution peut exister sans nuire à la lecture publique ; on cherche à reproduire ce modèle pour le livre d’occasion. |
| Position du gouvernement | Évoquée indirectement à travers les appels à la réforme ; citation d’éditeurs comme Olivier Nora. | Clair soutien du président Emmanuel Macron et de la ministre de la Culture Rachida Dati à l’idée d’une contribution ; volonté de lancer un dialogue sectoriel. |
Production écrite (tâche 3 TCF)
Voici un modèle de réponse possible :
Résumé comparatif :
Les deux textes alertent sur les conséquences de l’essor du marché du livre d’occasion en France. Le texte 1 met l’accent sur la menace que cela représente pour les auteurs et les éditeurs, qui ne perçoivent aucun droit sur les ventes d’occasion, contrairement au livre neuf. Il souligne également le rôle des plateformes de revente en ligne, qui tirent profit de ce système sans contribuer à la filière. Le texte 2, plus institutionnel, relaie la volonté du président et de la ministre de la Culture de trouver une solution collective, inspirée du modèle de rémunération lié au prêt en bibliothèque, pour compenser équitablement les pertes subies par les créateurs. Les deux textes s’accordent sur la nécessité d’une réforme, mais le second propose une démarche plus concertée et pragmatique.
Opinion sur le sujet :
Il me semble indispensable de protéger la création littéraire, tout en maintenant un accès démocratisé à la lecture. Le livre d’occasion est une opportunité pour les lecteurs à faible budget, mais ne doit pas se développer au détriment des auteurs. Une contribution solidaire sur les ventes d’occasion, prélevée sur les grandes plateformes, serait une solution juste. Elle garantirait une redistribution partielle des bénéfices à ceux qui produisent la richesse intellectuelle, sans freiner la lecture. En revanche, en tant que lecteur/lectrice, je ne voudrais pas payer une taxe supplémentaire sur le livre d’occasion car j’estime que l’acheteur qui l’a acquis neuf a déjà payé « plein pot » et il est ensuite libre de revendre son exemplaire.
Continuez à vous entraîner au TCF avec les ressources mises à disposition sur le site de RFI.
Pour approfondir sur le sujet du livre d’occasion :
🎧 Écouter l’épisode sur France CultureContact
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