Rimbaud nous offre ici un sonnet magistral qui mêle habilement la beauté de la nature et la dénonciation de l'horreur de la guerre. Ce contraste saisissant constitue le cœur de l'analyse à présenter lors de l'examen.
Rimbaud, Le dormeur du val, commentaire linéaire pour l’oral
Voici le poème :
Le Dormeur du val
Arthur Rimbaud — Octobre 1870
C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
🔍 Note de lecture : Ce sonnet est célèbre pour sa structure en "chute". Rimbaud utilise un cadre bucolique et protecteur (la Nature comme berceau) pour mieux frapper le lecteur avec la réalité brutale de la mort au dernier vers. La polychromie (vert, bleu, or) s'efface brutalement devant le rouge final.
✍️ Commentaire linéaire : Le Dormeur du val
"Le Dormeur du val" est probablement l'un des sonnets les plus connus de toute la poésie française.
📌 Rappel de cours : La structure du sonnet
Un sonnet est un poème ayant la structure suivante : 2 quatrains puis 2 tercets.
Quatrain = ensemble de 4 vers
Tercet = ensemble de 3 vers
📘 Méthode du commentaire linéaire pour le Bac
Comment faire un commentaire linéaire ?
Comme son nom l'indique, un commentaire linéaire se fait selon une analyse "ligne par ligne" du texte (contrairement au commentaire composé qui n'est pas linéaire).
1
Lisez et relisez le poème plusieurs fois pour vous imprégner du sens, de la progression, des thèmes et repérer les figures de style.
2
Consignez ces éléments dans l'ordre dans un tableau pour analyser plus facilement le poème.
3
Trouvez une problématique (une question à poser sur le poème).
4
Choisissez un plan en 2 ou 3 parties qui réponde à cette problématique.
📝 Analyse d'un chef-d'œuvre
Analyse technique : Le dormeur du val
📏 Versification
• 14 vers au total.
• Alexandrins (12 syllabes).
🏗️ Structure
Un sonnet classique :
2 quatrains + 2 tercets.
🎨 Schéma des Rimes
ABAB / ABAB
Rimes croisées
CCD / EED
Le sizain (Tercets)
💡 ANALYSE CLÉ
Cette structure CLASSIQUE contraste avec le contenu NOVATEUR et la puissance évocatrice du poème. Rimbaud prouve sa maîtrise précoce des règles de versification à seulement 16 ans. Notez l'utilisation habile des rejets pour créer des effets expressifs saisissants.
Autres repérages dans le poème
Voici comment nous pouvons mettre en évidence les aspects que nous repérons dans le poème :
en surlignage jaune : la répétition du présentatif « c’est »
en surlignage vert foncé : le champ lexical de la nature
en surlignage vert fluo : le champ lexical des couleurs
en surlignage rose : le champ lexical des parties du corps
en surlignage orange : la répétition du verbe « dormir » qui s’étale du 2e quatrain à la fin
🔍 Analyse linéaire, éléments clés
Du berceau de verdure à la chute tragique
Le champ lexical de la nature parcourt l'ensemble du poème (omniprésent dans le 1er quatrain). En revanche, le champ lexical du corps lié au soldat et la répétition du verbe "dormir" n'apparaissent qu'à partir du 2e quatrain.
Progression : de la nature vers l'humain qui y repose.
🌿 Premier quatrain : une nature vivante
"chante" une rivière (v. 1) et "montagne fière" (v. 3) : personnifications. Le soleil luit : les éléments de la nature sont les sujets des verbes / absence d’humains.
Apparition de l'humain
L'humain apparaît avec sa caractéristique principale : la jeunesse. On observe une progression anatomique : de la tête aux pieds, puis la narine, la main, la poitrine et la chute finale.
Évolution : Désigné comme soldat (v. 5) puis comparé à un enfant (v. 10).
Verbe "dort" : Répétition liée au titre. Dort-il vraiment ?
💎 Clés de lecture & Figures de style
• Glaïeuls : Évoquent le glaive (étymologie), lien direct avec le soldat.
• Polyptote :souriant / sourirait (déclinaison du mot).
• Antithèse :chaudement / froid (v. 11).
• Apostrophe :"Nature, berce-le chaudement" (personnification).
• Négation :« ne font pas frissonner » = doute sur son état.
• Chute :« deux trous rouges » = confirmation de la mort par balles.
Problématique suggérée
« En quoi Rimbaud dans son poème Le Dormeur du val ménage-t-il l'ambiguïté jusqu’à la chute finale ? »
(Vous pouvez bien sûr en choisir une autre, ce n'est pas la seule possible.)
📋 Structure du commentaire
Plan
I.La nature, un cadre euphorique et vibrant de vie
II.Description du soldat endormi de la tête aux pieds
III.Brutalité de la chute
Ce plan répond à la problématique.
Plan détaillé
Introduction
Arthur Rimbaud a marqué la littérature par son génie précoce et son style novateur. Parmi ses œuvres les plus célèbres figure "Le Dormeur du val", un sonnet écrit en 1870, alors que le poète n'avait que 16 ans. Ce poème, composé pendant la guerre franco-prussienne, offre une vision saisissante de la brutalité de la guerre, dissimulée derrière la beauté trompeuse de la nature.
"Le Dormeur du val" se présente sous la forme classique d'un sonnet en alexandrins. Malgré cette structure classique, Rimbaud parvient à insuffler une modernité frappante à son œuvre. Le poème décrit un soldat apparemment endormi dans un cadre naturel idyllique, avant de révéler, dans une chute brutale, la véritable nature de ce "sommeil".
La force de ce poème réside dans la manière dont Rimbaud maintient l'ambiguïté tout au long du texte, jouant sur les attentes du lecteur pour mieux le surprendre à la fin. Cette tension entre l'apparence paisible et la réalité tragique soulève une question centrale : En quoi Rimbaud, dans son poème "Le Dormeur du val", ménage-t-il l'ambiguïté jusqu'à la chute finale ?
Pour répondre à cette problématique, nous analyserons d'abord comment le poète crée un cadre naturel euphorique et vibrant de vie. Ensuite, nous examinerons la description ambiguë du soldat, présenté comme endormi. Enfin, nous étudierons la brutalité de la chute et son impact sur la lecture rétrospective du poème.
I. La nature, un cadre euphorique et vibrant de vie
A. Un tableau idyllique de la nature
Dès l’ouverture du sonnet, Rimbaud brosse le portrait d’un "trou de verdure" où chante une rivière, installant immédiatement une atmosphère sereine et vivante. Ce décor est sublimé par des images riches et sensorielles qui sollicitent l’imaginaire du lecteur. On note d’ailleurs que le champ lexical de la nature est omniprésent tout au long de ce premier quatrain, saturant l’espace poétique de fraîcheur et de vitalité.
B. Une nature personnifiée
Cette nature n’est pas un simple décor passif ; elle est personnifiée avec une grande intensité. La rivière "chante" et "accroche des haillons" aux herbes, tandis que la "montagne fière" domine le paysage. Rimbaud renforce cette impression de vie par l’emploi de verbes d'action et d'adverbes d'intensité comme "follement". Il est remarquable que les éléments naturels soient les seuls sujets des verbes dans cette strophe, soulignant ainsi une absence totale d'humains dans cette première approche du val.
C. Lumière, mouvement et harmonies
Enfin, le poète s’appuie sur des images lumineuses éclatantes, telles que les "haillons d'argent", le soleil qui "luit" ou encore ce val qui "mousse de rayons". Pour traduire ce dynamisme, Rimbaud utilise habilement des rejets qui brisent la régularité du vers pour créer un véritable effet de mouvement. L’ensemble est porté par des rimes qui dessinent un rythme harmonieux, parachevant l’illusion d’un cadre protecteur et idyllique.
II. Description du soldat endormi de la tête aux pieds
A. Une apparence de sommeil paisible
L'entrée de l'humain dans le poème se fait par la présentation du soldat, décrit comme "jeune, bouche ouverte, tête nue". Rimbaud installe d'abord une illusion de repos en multipliant les termes évoquant le sommeil, notamment avec la répétition du verbe "dormir" (dort) qui devient le pivot du deuxième quatrain. On observe ici une transition structurelle majeure : le poète opère une progression de la description de la nature à celle du soldat, l'homme venant se nicher dans ce "lit vert" protecteur.
B. Des indices subtils suscitant l'inquiétude
Cependant, des notes discordantes apparaissent. La pâleur du soldat et sa comparaison à "un enfant malade" commencent à teinter le tableau d'une nuance inquiétante. Le champ lexical du corps lié au soldat sature désormais le texte, suivant une progression anatomique rigoureuse : le regard du lecteur descend de la tête aux pieds, pour ensuite s'attarder sur des détails plus précis comme la narine, la main, puis la poitrine.
C. Une position ambiguë
La position du corps, bien que détaillée, suggère une immobilité inhabituelle. Le statut du personnage évolue : d'abord désigné comme un soldat (vers 5), il est ensuite comparé à un enfant (vers 10), renforçant sa vulnérabilité. Rimbaud utilise des symboles doubles : les glaïeuls évoquent le glaive (étymologie), rappelant la condition militaire du dormeur. La maîtrise stylistique est totale avec le polyptote "souriant / sourirait" et l'apostrophe à la Nature ("berce-le chaudement"). Enfin, l'antithèse entre chaudement et froid, couplée à la négation ("les parfums ne font pas frissonner sa narine"), achève de jeter un doute définitif sur l'état réel du jeune homme.
III. Brutalité de la chute
A. La révélation soudaine
Le poème culmine dans une économie de mots saisissante lors de la révélation finale : "deux trous rouges". L'impact émotionnel est considérablement renforcé par le contraste violent avec la description idyllique qui précède. Ces termes apportent la confirmation de la mort par les blessures fatales de balles, transformant le repos en tragédie.
B. Transformation rétrospective des éléments du poème
Cette chute provoque une relecture immédiate de l'œuvre : le sommeil devient mort et la nature, que l'on pensait accueillante, se révèle être un linceul pour le jeune homme. Chaque détail positif (le lit vert, la fraîcheur) prend alors une dimension funèbre.
C. Critique implicite de la guerre
À travers la jeunesse du soldat, Rimbaud accentue le tragique pour livrer une dénonciation subtile de l'absurdité de la guerre. La progression habile, du paysage idyllique à la révélation dévastatrice du dernier tercet, témoigne de la capacité de Rimbaud à manipuler les attentes. Cette tension, créée par les champs lexicaux et la structure du sonnet, délivre un message puissant sur la cruauté de la guerre.
CONCLUSION
"Le Dormeur du val" reste un chef-d'œuvre de la poésie française, illustrant la capacité de Rimbaud à transcender les formes classiques pour créer une œuvre profondément moderne. Ce poème, écrit par un adolescent de 16 ans, démontre non seulement la précocité de son génie, mais aussi un engagement politique fort.
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