À l’épreuve écrite du bac de français 2025, les sujets portent sur le théâtre en dissertation, (Le menteur, Corneille, On ne badine pas avec l’amour, Musset, Pour un oui ou pour un non, Sarraute). Voici un corrigé détaillé pour le sujet de commentaire sur un extrait de roman de Barbey d’Aurevilly.
La plan détaillé de dissertation que nous proposons n’est pas le seul qui est valable, il vous aidera à évaluer votre réponse à épreuve écrite du bac de français.

Bac de français 2025 : Barbey d’Aurevilly, corrigé du commentaire
Sujet complet de l’épreuve écrite du Bac de français 2025 (métropole, 13 juin 2025) :
Analyse de l’extrait
L’extrait proposé au commentaire se situe dans l’objet d’étude ROMAN.
Sa particularité c’est qu’il est descriptif, il n’y a pas d’action, et les élèves peuvent avoir des difficultés à en tirer une problématique et un plan.
On peut s’appuyer sur le titre de l’oeuvre, L’ensorcelée, et sur les éléments surnaturels apparaissant au dernier paragraphe (apparitions l.25, dangers l.27…) pour orienter notre réflexion et trouver des idées.
Problématique
En quoi la description de la lande normande dans cet extrait de L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly contribue-t-elle à instaurer une atmosphère fantastique et inquiétante, tout en reflétant les croyances et les peurs rurales de l’époque ?
ou
En quoi la description de la lande normande dans cet extrait de L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly contribue-t-elle à instaurer une atmosphère fantastique et inquiétante ?
Plan détaillé du commentaire
Introduction
Dans l’extrait du chapitre 1 de L’Ensorcelée (1854), Jules Barbey d’Aurevilly décrit la lande normande de Lessay, un paysage désertique et hostile qui constitue le cadre principal du récit. Cette description minutieuse dépasse la simple évocation géographique pour installer une atmosphère à la fois réaliste et inquiétante, où se mêlent peur collective, légendes populaires et mystère. En s’appuyant sur des détails concrets et des récits fantastiques, l’auteur fait de la lande un lieu symbolique, chargé d’une puissance évocatrice forte. Il s’agit alors de se demander comment cette description contribue à créer une ambiance singulière, entre le désert de la lande, craintes alimentées par les rumeurs et les récits, et imaginaire surnaturel.
I. Une description de la lande normande à la fois réelle et inquiétante
A. Un paysage désertique et hostile
- Description d’un « désert normand » : absence d’arbres, de maisons, de vie humaine ou animale, vastes étendues vides
- Insistance sur l’immensité et la difficulté de traverser la lande (hyperboles, indications spatiales et temporelles).
L’extrait s’ouvre sur une description minutieuse du « désert normand », où l’accumulation de négations (« ni arbres, ni maisons, ni haies, ni traces d’homme ou de bêtes ») souligne l’absence totale de vie et crée une impression de vide absolu.
Le champ lexical de la solitude et de la désolation (« désert », « grandeur de solitude », « tristesse désolée ») renforce cette atmosphère d’hostilité.
Les hyperboles (« sept lieues de tour », « il fallait à un homme à cheval et bien monté plus d’une couple d’heures ») insistent sur l’immensité et l’inaccessibilité de la lande, accentuant le sentiment d’isolement.
Les phrases longues et descriptives, rythmées par des virgules, plongent le lecteur dans cette étendue sans fin, mimant la traversée laborieuse du lieu.
B. Un lieu marqué par la peur et la dangerosité
- Réputation de la lande : « passage redoutable », évoqué par les habitants comme un espace à éviter, surtout la nuit.
- Rumeurs d’assassinats, climat d’insécurité renforcé par l’isolement du lieu (« On parlait vaguement d’assassinats qui s’y étaient commis à d’autres époques. Et vraiment, un tel lieu prêtait à de telles traditions. Il aurait été difficile de choisir une place plus commode pour détrousser un voyageur ou pour dépêcher un ennemi. »)
La réputation de la lande est construite par l’emploi d’expressions comme « passage redoutable » et par la mention des habitants qui « s’associaient plusieurs pour passer la terrible lande », ce qui montre la peur collective.
Les allusions à des « assassinats » et à des « bandits » relèvent d’un champ lexical du danger et du crime, tandis que la structure des phrases, parfois suspendues (« c’était si bien en usage qu’on citait longtemps comme des téméraires… »), traduit l’hésitation et l’appréhension des personnages.
L’énumération de situations dangereuses (« détrousser un voyageur ou pour dépêcher un ennemi ») et l’insistance sur l’impossibilité d’être secouru (« un si vaste silence aurait dévoré tous les cris ») contribuent à créer une atmosphère oppressante.
II. La lande normande, territoire du fantastique et des croyances populaires
A. Un espace propice aux légendes et au surnaturel
- Récits d’apparitions étranges rapportés par les charretiers, croyances locales persistantes
- La lande devient un théâtre d’événements inexplicables, où l’imagination prend le pas sur la raison.
L’extrait bascule vers le registre du fantastique avec l’évocation des « plus singulières apparitions » rapportées par les charretiers.
Le champ lexical du surnaturel (« apparitions », « il y revenait », « théâtre des plus singulières apparitions ») s’impose, tandis que l’imprécision des récits (« on parlait vaguement », « si l’on en croyait les récits ») laisse planer le doute et favorise l’ambiguïté.
Les phrases deviennent plus courtes et plus mystérieuses à partir du deuxième paragraphe, accentuant l’étrangeté du lieu.
B. La puissance de l’imaginaire rural
- Les peurs collectives dépassent les dangers réels : la suggestion de l’invisible effraie plus que la menace tangible.
- La lande incarne la persistance des superstitions et de la tradition orale dans les campagnes normandes du XIXᵉ siècle
La peur de l’invisible est présentée comme supérieure à celle du danger réel (« c’était là le côté véritablement sinistre et menaçant de la lande »). L’auteur insiste sur la force de l’imagination (« l’imagination continuera d’être, d’ici longtemps, la plus puissante réalité »), une formule qui donne au fantastique une légitimité presque tangible. Le champ lexical de la peur (« faisait trembler le pied de frêne dans la main du plus vigoureux gaillard ») montre que même les plus courageux sont dominés par l’angoisse née de l’imaginaire collectif. Les phrases s’accélèrent, traduisant la montée de la tension et l’emprise de la superstition sur les esprits.
III. Une écriture au service de l’étrangeté
A. Un style d’écriture baroque
- Multiplication des descriptions, des points de vue et des digressions pour rendre la lande vivante et mystérieuse.
- Usage d’un vocabulaire rare, de références historiques et de tournures complexes.
Barbey d’Aurevilly fait des phrases longues, parfois complexes, ponctuées de digressions et d’incises, qui traduisent la richesse et la densité de la lande autant que la confusion des sentiments qu’elle inspire.
Les figures de style abondent : hyperboles pour l’immensité, personnification du silence (« un si vaste silence aurait dévoré tous les cris »), et comparaisons (« jolie comme un village d’Écosse ») qui ancrent le paysage dans une réalité à la fois précise et poétique.
B. La lande comme reflet de l’âme humaine
- Lieu allégorique, miroir des passions et des angoisses des personnages.
- La lande, par son étrangeté et sa solitude, peut symboliser la profondeur et la complexité des sentiments humains
La lande, dans l’extrait de L’ensorcelée, devient un miroir des peurs humaines. La solitude et la tristesse du paysage font écho à l’angoisse intérieure des habitants de la région. Les répétitions et les variations dans la structure des phrases traduisent la persistance des inquiétudes. Enfin, la description de la lande, à la fois réaliste et fantastique, symbolise la frontière trouble entre le réel et l’imaginaire, thème central du roman et de l’écriture de Barbey d’Aurevilly.
Conclusion
En somme, cet extrait de L’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly donne à la lande normande une dimension à la fois réaliste et fantastique, en s’appuyant sur une écriture riche en figures de style, en champs lexicaux évocateurs et en variations de rythme. La description transforme ce paysage désertique en un véritable personnage, porteur des peurs, des croyances et de l’imaginaire collectif du XIXᵉ siècle. À travers la solitude, l’immensité et la réputation inquiétante de la lande, l’auteur installe d’emblée une atmosphère lourde de mystère et de menace, qui annonce les enjeux du roman à venir. Ainsi, la lande devient le reflet des tensions entre le réel et l’imaginaire, et prépare le lecteur à l’irruption du surnaturel au cœur du récit.
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