Commentaire linéaire « Le Pont Mirabeau » Alcools (1913) Apollinaire, Bac de français
Le « Pont Mirabeau » est le deuxième poème du recueil Alcools publié par Apollinaire en 1913. Nous vous proposons ici un commentaire linéaire complet pour préparer l’oral du Bac de français.
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Écoutez-le lu par Jean Chevalier, de la Comédie-Française :
En bref
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Qui était Guillaume Apollinaire ?
Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky (1880 – 1918)
Né à Rome et naturalisé français en 1916, Apollinaire est l’une des figures les plus marquantes du début du XXe siècle. Poète, critique d’art et théoricien, il a été le chantre des avant-gardes comme le cubisme et l’orphisme.
✨ L’inventeur de mots
Calligramme : il invente ce terme pour désigner ses poèmes en forme de dessins.
Surréalisme : il forge ce nom en 1917, devenant un précurseur majeur du mouvement.
📖 L’Esprit Nouveau
Auteur d’Alcools (1913) et de Calligrammes (1918), son art repose sur l’imagination et l’intuition. Il cherche un équilibre subtil entre tradition et modernité.
Un poète engagé : Engagé volontaire durant la Grande Guerre, il est blessé à la tempe par un éclat d’obus en 1916. Affaibli, il meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918. Il est déclaré « Mort pour la France ».
💡
À retenir : Apollinaire prônait une poésie qui rejette la logique pure pour privilégier la sincérité de l’émotion et la spontanéité.
En 1912, Apollinaire s’éloigne peu à peu d’une femme qu’il a aimée :
Marie Laurencin, une artiste peintre rencontrée en 1907.
Il exprime ici sa tristesse face à cet amour perdu, un thème traditionnel qu’il renouvelle par sa modernité.
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Le Pont Mirabeau : le chemin vers Auteuil.
📍 Le saviez-vous ? Ce poème évoque un lieu réel : le pont Mirabeau, que le poète empruntait quotidiennement pour rejoindre Marie à Auteuil.
Construit peu après la Tour Eiffel, ce pont en fer renvoie à l’esthétique industrielle et métallique, expression artistique de la modernité chère au poète. Apollinaire associe ainsi le thème de l’amour passé, du souvenir douloureux, au paysage de la ville de Paris. Il traite donc un thème traditionnel en poésie de façon moderne.
La forme du texte est régulière et s’apparente à une chanson, ce qui est courant en poésie. Cependant, le choix de vers courts, au nombre de syllabes inattendus (7, 4, 6 syllabes), et la simplicité de l’ensemble (langage courant, texte bref) sont des aspects modernes.
Problématique
“
Par quels moyens Apollinaire exprime-t-il la déception sentimentale ?
”
Mouvements
Le poème s’articule en deux temps majeurs, créant un contraste saisissant :
🌸
1. Le souvenir des amours heureusesL’évocation de la fusion passée et de la joie.
⏳
2. Le temps de la solitudeLe constat de la fuite du temps et de la rupture.
🔄 Ces deux temps sont liés par le célèbre refrain.
Un poème lyrique de la nostalgie : dès le début, on note que le poème s’apparente à une chanson.
🎼
La Structure : Entre Tradition et Chanson
🚀
Contrairement à la poésie libre et moderne de « Zone » (qui introduit le recueil), Le Pont Mirabeau adopte une forme régulière inhabituelle.
Schéma de la musicalité
Quatrain(4 vers)
+
Distique(2 vers)
Les distiques en heptasyllabes (7 syllabes) se répètent comme le refrain d’une chanson. Cette régularité génère une musicalité lancinante, presque obsédante, qui souligne le cycle du temps.
💡 Conseil bac : Parlez de la « musicalité » pour expliquer pourquoi ce poème a été si souvent adapté en chanson.
Les vers du quatrain sont construits selon un rythme de décasyllabe : 10/4/6/10. Le tétrasyllabe (4) et l’hexasyllabe (6) du 2ème et 3ème vers sonnent comme un décasyllabe qui aurait été coupé :
⚡
Le Rythme : Le Décasyllabe Brisé
Apollinaire joue avec la mesure classique. Le quatrain semble suivre un rythme de décasyllabe (10 syllabes), mais il est visuellement déconstruit :
Vers 1 : Sous le pont Mirabeau coule la Seine10
Vers 2 : Et nos amours4
Vers 3 : Faut-il qu’il m’en souvienne6
Total : 4 + 6 = 10 (Un décasyllabe coupé en deux)
Vers 4 : La joie venait toujours après la peine10
🔍
Le tétrasyllabe (4) et l’hexasyllabe (6) des vers 2 et 3 sonnent à l’oreille comme un seul et même vers de 10 syllabes. Cette « coupe » visuelle illustre la modernité d’Apollinaire : il garde la mélodie ancienne mais brise la forme rigide du poème.
🌊
L’Esthétique de l’Écoulement
La mise en page du poème n’est pas un hasard : elle illustre visuellement un écoulement.
À l’origine, Apollinaire avait écrit ce poème sous la forme classique de 3 décasyllabes. En choisissant de briser les vers, il crée une cascade typographique qui imite le mouvement de la Seine.
🎶 L’harmonie imitative
« Sous le pont Mirabeau coule la Seine / Et nos amours / Faut-il qu’il m’en souvienne / La joie venait toujours après la peine »
La répétition de l’allitération en [l] (consonne liquide) renforce cette impression de fluidité et de glissement de l’eau.
💡On perçoit ici les prémices du Calligramme : le texte commence à devenir une image.
🔁
La Ritournelle Lancinante
L’impression de ritournelle douloureuse est renforcée par un procédé de construction circulaire : le dernier vers du poème reprend exactement son premier vers.
DÉBUT DU POÈME
« Sous le pont Mirabeau… »
⟲
« …Sous le pont Mirabeau »
FIN DU POÈME
NOSTALGIE
Ce temps circulaire enferme le poète. Contrairement à la Seine qui s’écoule et s’en va, le poète reste prisonnier de son souvenir. Il est pris dans les « filets » de son propre poème.
💡 À noter : C’est la définition même de la mélancolie : un mouvement qui semble avancer mais qui revient sans cesse au point de douleur.
On note que la dernière strophe reprend les phonèmes de la première en [ène] :
🔔
L’Harmonie des Échos
1
L’impression de chanson populaire est accentuée par l’usage des rimes plates (ou suivies) sur trois vers dans chaque strophe. Ce procédé simplifie la mélodie et la rend plus mémorisable, comme une ritournelle.
Symétrie Sonore : Le son [ène]
STROPHE 1
Seine / Souvienne / Peine
⟷
STROPHE 5
Semaine / Vienne / Seine
En reprenant les phonèmes de la première strophe dans la dernière, Apollinaire verrouille la structure de son poème. La Seine, qui ouvre et ferme le texte, devient le témoin immuable de la douleur du poète.
– La simplicité du langage : un vocabulaire simple qui rappelle celui des chansons plutôt que celui d’une poésie recherchée. On a cependant quelques tournures anciennes « Faut-il qu’il m’en souvienne » ou encore le mot « onde » plus recherché et littéraire. :
📖
Le Lexique : Entre Simplicité et Préciosité
🎵 Style « Chanson »
Apollinaire utilise un vocabulaire quotidien et accessible (joie, peine, amour, coule). Cette simplicité volontaire rapproche le poème de la ritournelle populaire et touche immédiatement le lecteur.
📜 Échos Littéraires
Pourtant, des traces d’une poésie plus savante subsistent :
« Faut-il qu’il m’en souvienne » : une tournure impersonnelle et archaïque.
« L’onde » : terme poétique noble pour désigner l’eau.
« Nos amours » : l’emploi du féminin pluriel est une marque littéraire classique.
💡 Analyse : Ce mélange des genres est typique de l’Esprit Nouveau : Apollinaire ne rejette pas le passé, il le réinvente dans une forme moderne et épurée.
1erquatrain : les souvenirs heureux teintés de mélancolie
Le Pont : Symbole de Permanence
Dans ce premier quatrain, Apollinaire installe une opposition majeure entre ce qui demeure et ce qui s’enfuit. Le pont est l’élément central de cette tension.
🤝 Le Lien Humain
Le pont relie deux berges comme l’amour relie deux êtres. Cette image devient explicite plus loin avec la métaphore « le pont de nos bras » (v.9).
🗿 L’Immuabilité
Présent dans le titre et répété au début et à la fin (v.1 et v.21), le pont représente la solidité. Comme le poète, il « demeure » alors que tout le reste passe.
🌉
« Le pont est à l’image du poète : il est le témoin immobile traversé par le souvenir, tout comme l’édifice est traversé par le cours de la Seine. »
💡 Analyse Bac : Soulignez l’opposition entre la verticalité/solidité du pont et l’horizontalité/fuite de l’eau.
Les éléments symboliques opposent la permanence du souvenir et la fuite du temps et des sentiments.
– L’amour est symbolisé par le pont : il relie deux berges. On note d’ailleurs l’assimilation des amoureux au pont par la métaphore « le pont de nos bras » (v.9). Le pont Mirabeau représente aussi la permanence, l’élément solide. Comme le poète il semble demeurer alors que l’eau coule. Le pont est évoqué par trois fois : dans le titre, dans les 1ère et dernière strophes. Il semble être immuable et en cela il est à l’image du poète qui « demeure » traversé par le souvenir de l’amour comme évoqué dans le distique/refrain.
– L’eau symbolisera au contraire la fuite du temps et des sentiments. L’expression « coule la Seine » (v.1) souligne la fluidité de l’eau. En cela, elle est symbolique du temps qui passe et emporte tout.
L’absence de ponctuation permet aussi de comprendre les premiers vers de cette manière : « Sous le pont Mirabeau coule la Seine // Et nos amours ». L’amour semble s’étioler avec le temps. Le refrain reprend cette idée de temps qui passe : « vienne la nuit sonne l’heure », la régularité du temps étant mimée par celle du vers formé d’un parallélisme de construction (verbe + article + nom), et répétant le son [n] ; « les jours s’en vont » créent une antithèse avec la fin du vers « je demeure ».
💧
L’Eau et la Fuite des Sentiments
🚫 L’absence de ponctuation
En supprimant la ponctuation, Apollinaire fusionne le paysage et l’émotion :
« Sous le pont Mirabeau coule la Seine // Et nos amours »
Le fleuve et les sentiments coulent ensemble. L’amour n’est pas stable, il est entraîné par le courant et finit par s’étioler.
🕒 Régularité : Le parallélisme (Verbe + Art + Nom) dans « Vienne la nuit sonne l’heure » mime le tic-tac d’une horloge, renforcé par les sonorités en [n].
⚖️ Antithèse : Le vers final oppose le mouvement général (« les jours s’en vont ») à l’immobilité douloureuse du poète (« je demeure »).
💡 À retenir : L’eau est ici une allégorie du Tempus Fugit (le temps qui fuit) cher aux poètes classiques, mais traitée avec une modernité typographique totale.
–La nostalgie se fait sentir : l’importance d’un temps heureux qui ne reviendra plus est traduite par l’imparfait v.4 : « la joie venait toujours après la peine ». L’antithèse entre la « joie » et la « peine » évoque cependant un souvenir ambigü, nuancé, pas si heureux.
🌓
La Nostalgie : Un Passé Contrasté
La nostalgie naît du contraste entre le présent de l’écriture et un passé révolu, marqué par l’utilisation de l’imparfait au vers 4 :
« La joie venait toujours après la peine »
JOIELe souvenir heureux
VS
PEINELa douleur latente
📌 L’analyse de l’expert : L’antithèse montre que le souvenir est ambigu. La joie ne semble exister qu’en réaction à la peine. Même au temps du bonheur, la souffrance faisait partie du cycle amoureux. Cela rend la nostalgie actuelle encore plus complexe et amère.
– Ainsi le poète semble regretter de se souvenir et se demande « Faut-il qu’il m’en souvienne » : il y a là comme un désir d’oubli qui permettrait plus de sérénité. Le subjonctif du refrain qui introduit une injonction au temps « Vienne la nuit » semble révéler le désir de sommeil et d’oubli.
🌙
Le Désir d’Oubli et de Sommeil
Le poète ne se contente pas de se souvenir, il semble regretter cette mémoire envahissante :
« Faut-il qu’il m’en souvienne »
Cette interrogation suggère que le souvenir est une contrainte. L’oubli serait alors une forme de sérénité et de libération.
POINT GRAMMAIRE
« Vienne la nuit sonne l’heure »
Le subjonctif à valeur d’injonction (« Vienne ») montre que le poète appelle la fin du jour. La nuit n’est pas redoutée, elle est souhaitée comme un refuge.
➔ Le poète appelle le sommeil pour échapper à la conscience douloureuse du temps et de l’absence.
💡 Analyse Bac : Notez le paradoxe : le poète écrit pour immortaliser son amour, tout en appelant l’oubli pour cesser de souffrir.
2èmequatrain : le poète est tenté de retenir encore l’instant, le souvenir est encore très présent en lui.
– Le désir d’amour est rendu perceptible par cette image : v.7 « Les mains dans les mains restons face à face ». L’impératif suggère ce désir de bonheur amoureux, comme l’ultime tentative pour retenir l’instant. De même, les verbes au subjonctif du refrain, « vienne », « sonne », peuvent être vus comme une injonction faite au temps pour essayer de la maîtriser. Enfin, l’adjectif « éternels » tente de figer l’amour comme s’il était infini.
– « Les mains dans les mains restons face à face/ Tandis que sous/ Le pont de nos bras passe/ Des éternels regards l’onde si lasse » = belle description métaphorique des amants qui établit une relation visuelle et sémantique avec le pont.
⏳
La Tentative de Figer l’Instant
Face à la fuite de l’eau, le poète utilise le langage comme une force pour retenir l’autre et maîtriser le temps.
🤝 L’ultime tentative
« Restons face à face » : l’emploi de l’impératif traduit un désir ardent de bonheur. C’est un cri pour immobiliser le couple dans un présent perpétuel.
✨ L’illusion d’éternité
L’adjectif « éternels » tente de nier la finitude humaine, tandis que les subjonctifs « vienne » et « sonne » agissent comme des ordres donnés au temps.
« Le poète tente de transformer un moment fragile en un monument de pierre (le pont), mais cette volonté se heurte à la réalité du courant qui emporte tout. »
– Cependant, « onde si lasse » = personnification de l’eau qui se fatigue des regards des amoureux. Ce désir de bonheur heureux se solde donc par un échec. Le verbe « passe » exprime la fin. Le poète est renvoyé à sa solitude.
– Le refrain vient donc souligner la solitude du poète. Il rythme ainsi la plainte élégiaque qu’Apollinaire nous donne à entendre.
Alors que le temps passe, le poète semble figé dans un temps immuable. Le 2ème vers du distique évoque cette antithèse entre le temps qui passe et la rigidité du poète : « les jours s’en vont (mouvement)/ je demeure (absence de mouvement) ». Le « je » apparaît seulement à ce moment du poème comme pour mieux souligner la solitude face au temps.
👤
Le « Je » : L’Immobilité de la Solitude
Le refrain n’est pas qu’une répétition musicale ; c’est le lieu où s’exprime la plainte élégiaque. Il révèle la condition tragique du poète.
« Les jours s’en vont »Mouvement / Flux
« Je demeure »Fixité / Solitude
🔎 L’émergence du sujet : Le pronom « Je » n’apparaît qu’au moment du refrain. C’est un surgissement tardif qui souligne que l’union passée (« Nous ») a laissé place à une solitude radicale.
Le poète est figé dans un temps immuable, celui de la souffrance, tandis que la vie et le temps continuent leur course sans lui.
💡 Conseil Bac : Utilisez le terme « élégiaque » pour qualifier cette expression de la tristesse liée à la perte.
– Les sonorités sourdes en [eur] et l’allitération en [s] de la strophe introduisent un sentiment de gravité et de tristesse, de déplaisir. Désespoir de celui condamné à rester.
Deuxième mouvement, vers 13 à 24 : une vision désespérée de l’amour :
L’évocation pudique d’une séparation : la rupture est suggérée dans chaque strophe par le décasyllabe « coupé » sur deux vers, un tétrasyllabe suivi d’un hexasyllabe. L’énonciation est aussi modifiée : elle devient plus impersonnelle, sans pronoms ni déterminants personnels, sauf dans le refrain.
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Mouvement 2 : La Fragmentation de l’Amour
✂️ Une séparation typographique
La rupture n’est pas seulement dite, elle est visible. Dans chaque strophe, le décasyllabe est « coupé » :
Tétrasyllabe (4)
/
Hexasyllabe (6)
Ce « blanc » entre les deux vers mime la distance irréversible qui s’installe entre les amants.
👤 L’effacement du « Moi »
L’énonciation devient impersonnelle. En dehors du refrain, les pronoms personnels et les déterminants (« mon », « ton », « nous ») disparaissent.
➔ La douleur n’est plus seulement celle d’Apollinaire, elle devient une vérité universelle sur la fragilité des sentiments.
💡 Analyse Bac : Parlez de la « pudeur » du poète. En s’effaçant derrière des tournures impersonnelles, il donne à son émotion une portée plus tragique.
– Constat au présent de vérité générale, mais renvoyant à l’histoire du poète, comme pour la généraliser : « L’amour s’en va ». La répétition en anaphore de cette remarque, qui fait aussi écho au verbe « s’en vont » du refrain insiste sur la fin de l’amour et manifeste l’émotion du poète déçu.
– La dernière strophe semble aussi aborder des vérités générales : « passent les jours/ et passent les semaines ». Pudeur du poète évoquant des constats généraux sur le temps qui passe.
– La comparaison (v.13) : « L’amour s’en va comme cette eau courante » insiste explicitement sur cette idée de fuite du temps et des sentiments. En cela, l’eau est symbolique du temps qui passe et emporte tout.
Le poète souffre fortement :
– La plainte élégiaque du poète s’exprime à travers les exclamations suggérées par les adverbes exclamatifs : « Comme la vie est lente//Et comme l’Espérance est violente ».
– La négation en reprise anaphorique « Ni…/Ni… » (v.20-21) insiste sur l’impossible retour au bonheur.
– La répétition du verbe « passent », en écho avec l’adjectif « passé » peuvent exprimer la lassitude du poète qui ne voit pas l’amour revenir.
🖤
L’Intensité de la Plainte Élégiaque
La souffrance du poète, bien que contenue par la forme régulière, surgit avec force à travers plusieurs procédés stylistiques :
⚡ La Violence du sentiment
L’utilisation des adverbes exclamatifs « Comme… » crée une envolée lyrique. L’antithèse entre la lenteur de la vie et la violence de l’Espérance souligne le supplice de l’attente.
🚫 L’Impossible retour
La structure anaphorique « Ni le temps passé / Ni les amours reviennent » agit comme un couperet. La double négation scelle définitivement le sort du poète : le passé est une terre interdite.
🔄 L’Écho de la lassitude
La répétition du verbe « passent » (v. 19-20) en écho à l’adjectif « passé » mime le défilement monotone et épuisant d’un temps qui ne ramène rien.
💡 Analyse Bac : Notez la majuscule à « Espérance ». Apollinaire en fait une entité presque divine, mais cruelle, car elle maintient le poète dans une attente douloureuse.
– Seule reste « L’Espérance » (v.16) : on note l’allégorie qui grandit ce sentiment jusqu’à lui donner la forme d’un personnage, nommé avec une majuscule. L’espoir de voir revenir l’être aimé est douloureux. La diérèse sur l’adjectif « vi/o/lente » qui qualifie l’espérance insiste sur cette souffrance comme pourrait le suggérer ces jeux de mots : vie-ô-lente ou vie-eau-lente… (lenteur du temps, ennui de la vie) en lien avec l’expression employée « vie est lente », ce qui crée une paronomase (sonorités proches) :
✨
L’Alchimie Poétique : Sons et Sens
Seule demeure « L’Espérance » (v.16). La majuscule en fait une allégorie : le sentiment devient un personnage vivant, omniprésent, qui hante le poète.
Zoom sur le vers : « Et comme l’Espérance est violente »
⚡ La Diérèse
En prononçant « vi / o / lente » en 3 syllabes, Apollinaire étire le mot pour souligner la déchirure et la souffrance qu’il contient.
🔊 La Paronomase
Le rapprochement sonore avec « la vie est lente » crée un écho obsédant qui lie l’espoir à l’ennui de vivre.
Vie-ô-lente / Vie-eau-lente
L’eau qui coule lentement devient l’image même d’une vie qui stagne dans le regret.
💡 Le mot de l’expert : C’est ici que réside la modernité d’Apollinaire : utiliser des procédés classiques (diérèse) pour créer des jeux de mots quasi surréalistes.
– « Espérance » (futur) et souvenir (passé) sont mêlés. Le poète est enfermé dans un amour qui le hante.
Le poème se ferme sur le souvenir douloureux et les souffrances de l’amour. La complainte élégiaque se termine par la reprise du premier vers « Sous le pont Mirabeau coule la Seine » et « Les jours s’en vont, je demeure » qui renvoient le poète à sa solitude face au temps qui passe, comme en un cycle sans fin.
Le Pont Mirabeau est le chef-d’œuvre de la mélancolie moderne. Apollinaire y réussit une fusion parfaite entre deux mondes :
🎻 La tradition
Thème universel de la fuite du temps (Eaux, nuits).
Musicalité proche de la chanson populaire et de la ritournelle.
Utilisation de termes et tournures littéraires classiques.
🎨 La modernité
Suppression totale de la ponctuation.
Mise en page qui mime l’écoulement (pré-calligramme).
Rythme classique brisé par la typographie.
« Je demeure »
Au milieu de ce qui passe, Apollinaire fige sa douleur dans la pierre du pont et l’éternité du poème.
Conclusion
La poésie, à l’image de la solidité du pont, permet d’ancrer le souvenir de l’amour dans la permanence. Le sentiment amoureux reste cependant ici source de souffrance comme dans d’autres poèmes du recueil Alcools.
vocabulaire utile
📚
La Boîte à outils du commentaire en poésie
⏳ Rythme & Versification
Décasyllabe : Vers de 10 syllabes (le mètre dominant ici).
Tétrasyllabe / Hexasyllabe : Vers de 4 et 6 syllabes (qui forment le décasyllabe brisé).
Heptasyllabe : Vers de 7 syllabes (utilisé pour le refrain).
Diérèse : Prononciation en deux syllabes d’une voyelle d’ordinaire unique (ex: vi-o-lente).
Refrain / Ritournelle : Vers ou strophe répété, créant un effet de chanson lancinante.
🎶 Harmonie Sonore
Assonance : Répétition d’un même son voyelle (ex: le son [è]).
Allitération : Répétition d’une même consonne (ex: le [l] « liquide »).
Paronomase : Rapprochement de mots aux sonorités proches (ex: l’onde / monde ou violente / vie est lente).
🎨 Figures de Rhétorique
Allégorie : Représentation concrète d’une idée abstraite (ex: l’Espérance avec sa majuscule).
Antithèse : Opposition de deux termes contraires (ex: la joie / la peine).
Anaphore : Répétition d’un mot en début de vers (ex: Ni… / Ni…).
Personnification : Prêter des traits humains à un objet (le Pont qui semble « demeurer » comme un témoin).
🎭 Registres & Tonalités
Lyrisme : Expression exaltée des sentiments personnels (le « Je » souffrant).
Élégiaque : Registre exprimant la plainte, la mélancolie liée à la perte amoureuse ou au deuil.
Le poème « Le Pont Mirabeau » est indissociable de l’univers d’Alcools. Pour briller à l’oral et montrer à l’examinateur que vous maîtrisez le parcours « Modernité poétique », vous devez comprendre les enjeux globaux du recueil.
« Pourquoi Apollinaire a-t-il supprimé la ponctuation ? Quel est le lien entre l’eau qui coule et ses déceptions amoureuses ? »
C’est un poète « européen » (né à Rome d’une mère polonaise). Il incarne l’Esprit Nouveau au début du XXe siècle. Grand ami des peintres (Picasso, Braque), il fait le pont entre la peinture cubiste et la poésie.
Pourquoi est-il un poète de la modernité ?
Il modernise la poésie en supprimant la ponctuation, en introduisant des thèmes urbains (la tour Eiffel, les usines) et en inventant les Calligrammes (poèmes-images).
🍷 Le recueil « Alcools » (1913)
Pourquoi ce titre : Alcools ?
L’alcool symbolise l’ivresse poétique, la soif de vivre et la puissance des sensations. C’est aussi une métaphore de la poésie qui « brûle » et transforme le monde.
Quel est le lien avec le « cubisme » ?
Comme les peintres cubistes, Apollinaire déconstruit la réalité pour la recomposer. Il mélange les époques, les lieux et les styles dans un même poème (technique du collage).
🌉 Zoom sur « Le Pont Mirabeau »
Quelle est l’origine biographique du poème ?
Le poème évoque la rupture douloureuse avec la peintre Marie Laurencin. Apollinaire traversait souvent ce pont pour se rendre chez elle à Auteuil.
Pourquoi l’absence de ponctuation est-elle capitale ?
Elle permet une polysémie (plusieurs sens possibles) et crée une fluidité musicale qui imite l’écoulement de l’eau. Le lecteur est libre de placer ses propres respirations.
Peut-on dire que c’est une chanson ?
Oui ! Par son refrain, ses rimes simples et ses assonances, il se rapproche de la complainte populaire. C’est un texte qui a d’ailleurs été mis en musique par de nombreux artistes (Léo Ferré, Marc Lavoine).
💡 Astuce pour l’oral : N’oubliez pas de mentionner que Le Pont Mirabeau est placé juste après le poème Zone, créant un contraste saisissant entre modernité urbaine et lyrisme mélancolique.
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Le saviez-vous ?
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Mon prof n’a pas eu le temps de nous donner le commentaire détaillé de ce texte alors merci, ça m sauce la vie pour mon oral